Volkswagen étale ses tensions au grand jour
Ferdinand Piech, président du conseil de surveillance de Volkswagen, est prêt à savonner la planche du président du directoire Martin Winterkorn de la même manière qu’il l’avait fait pour le prédécesseur de ce dernier, Bernd Pischetsrieder, fin 2006. Mais cette fois, la partie semble plus serrée et son offensive se retourne contre lui.
Il avait ouvert les hostilités vendredi en déclarant à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel avoir «pris ses distances» avec Martin Winterkorn, au volant du deuxième constructeur automobile mondial depuis 2007. Les raisons ont été évoquées par Hans Michel Piech, frère de Ferdinand et membre du conseil de surveillance: la faiblesse des ventes aux Etats-Unis et une lenteur à faire aboutir le projet de modèle à bas prix destiné au marché asiatique.
Pour quiconque connaît le groupe, ce genre de désaveu public est le plus sûr moyen d’ôter tout espoir au président du directoire de succéder à Ferdinand Piech à la fin de son mandat, en avril 2017. Ce dernier avait usé du même ressort pour acculer Bernd Pischetsrieder à la démission neuf ans plus tôt.
Mais à l’inverse de l’ancien patron de BMW, qui s’était à l’époque mis à dos les syndicats, Martin Winterkorn peut, lui, se targuer d’avoir des soutiens de poids. Le plus important n’est rien moins que Wolfgang Porsche, membre du conseil de surveillance de Volkswagen et président de Porsche SE – le holding des familles Porsche et Piech qui contrôle 51% des actions ordinaires du groupe. Dans une déclaration faite hier, il a renvoyé Ferdinand Piech dans son paddock: «Les propos du docteur Piech reflètent son opinion personnelle, qui, sur le fond et dans les faits, n’a pas fait l’objet d’une coordination avec la famille».
Martin Winterkorn peut également compter sur le soutien, exprimé vendredi, des syndicats et du Land de Basse Saxe – lequel contrôle 20% du capital de Volkswagen. Mathématiquement, le président du directoire est donc sauvé: sur les 20 sièges que compte le conseil de surveillance du groupe, la famille Porsche en contrôle deux, le Land deux et les représentants syndicaux dix. En outre, les actionnaires ne devraient se plaindre de Martin Winterkorn: le titre a progressé de 37% depuis le début de l’année.
Ces tensions surviennent à un moment important pour Volkswagen: il déploie la dernière phase de son plan censé lui permettre de doubler Toyota et devenir le premier constructeur mondial, tout en redressant la rentabilité de sa marque principale, Volkswagen.
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