Vodafone veut éviter une marginalisation dans les tours télécoms
Vodafone prépare le terrain à une nouvelle phase de concentration dans les télécoms en Europe. Après avoir rejeté en février l’offre d’Iliad sur sa filiale italienne, l’opérateur britannique a laissé ce mois-ci à Orange l’initiative d’engager un rapprochement avec Masmovilen Espagne, deux transactions centrées sur les services télécoms. Alors qu’il milite depuis longtemps en faveur d’un marché européen moins fragmenté, il entend conserver la main dans les infrastructures en tirant parti de sa participation de 81% dans Vantage Towers. Selon Reuters qui citait vendredi des sources proches du dossier, plusieurs grands fonds d’infrastructures ont approché Vodafone pour investir dans cette filiale introduite en Boursevoici un an à Francfort.
Brookfield et Global Infrastructure Partners (GIP), deux candidats potentiels, auraient soumis des offres non engageantes portant sur l’achat d’une participation majoritaire dans Vantage, en proposant une prime par rapport à sa capitalisation boursière qui s’élevait à 15,2 milliards d’euros au cours de clôture de jeudi, correspondant à une valeur d’entreprise de 25 fois son excédent brut d’exploitation retraité des loyers (Ebitdaal). Vendredi, les actions Vodafone et Vantage Towers ont respectivement gagné en clôture 1,3% à Londres et 9,5% à Francfort dans le sillage de ces informations.
Une pression exercée par Cevian Capital
L’investisseur activiste Cevian Capital, qui a pris en début d’année une participation dans Vodafone, incite ce dernier à simplifier son portefeuille d’activitéset à accroître sa rentabilité. «Vantage Towers est prête à participer à une opération de fusions et acquisitions, avec une marge de manœuvre d’un milliard d’euros en termes d’endettement, une autorisation conditionnelle d’émettre des obligations convertibles et plus de 160.000 tours télécoms en jeu», commentent les analystes de Berenberg. S’il ramenait sa part dans Vantage en dessous du seuil de 50%, Vodafone pourrait faire baisser son ratio de dette financière nette à 2,6 fois son excédent brut d’exploitation retraité, contre un levier financier de 3 fois à fin septembre 2021. Cela augmenterait sa flexibilité pour accroître son dividende.
Mais l’adossement de Vantage à un fonds d’infrastructures n’est pas l’option privilégiée par sa maison mère qui chercherait plutôt à tester ainsi la valeur de sa filiale en dehors du marché boursier. «La prochaine étape devrait être une fusion industrielle, en associant nos tours à un autre grand acteur, qui partage les mêmes idées», a déclaré le mois dernier Nick Read, directeur général de Vodafone, en soulignant son intérêt pour l’exploration d’une combinaison avec les actifs d’infrastructure d’Orange ou de Deutsche Telekom. Or l’opérateur allemand a lancé ce mois-ci la vente aux enchères de sa filiale Deutsche Funkturm (DFMG), qui comprend plus de 33.000 sites radio outre-Rhin, des offres indicatives étant prochainement attendues sur cette société.
«Un rapprochement de Vantage avec Totem, la filiale d’Orange, ou avec DFMG reste la meilleure solution aux yeux des dirigeants de Vodafone», relèvent les analystes de CreditSights. Si l’opérateur britannique représente encore 80% de ses revenus, Vantage devrait progressivement réduire sa dépendance à sa maison mère en s’appuyant sur une bonne diversification géographique. Sa structure de bilan est en outre solide avec un levier financier de 3,8 fois sur son exercice clos fin mars 2021, contre un ratio d’environ 5,7 fois pour son rival Cellnexen données pro forma. Fin octobre 2021, le groupe espagnol a en effet bouclé l’acquisition en France de Hivory, filiale de SFR, pour 5,2 milliards d’euros.
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