Vinci pose ses jalons pour s’offrir un tremplin vers l’hydrogène
Il est bien loin « le temps où l’hydrogène était quasi exclusivement l’apanage des groupes spécialisés dans les gaz industriels » : Xavier Huillard, le PDG de Vinci, ne cache plus les ambitions de son propre groupe dans ce domaine, à l’heure où la Première ministre Elisabeth Borne dévoile, ce mercredi, à Compiègne, les contours et les ambitions du plan français en faveur d’une filière hydrogène.
« La bascule est désormais en train de s’opérer pour utiliser l’hydrogène comme un vecteur d’énergie », a convenu mardi le PDG, à l’occasion d’un échange avec les journalistes, consacré aux réalisations et aux projets du groupe de construction et de concessions dans ce domaine. « L’écosystème de l’hydrogène est en train de cristalliser ». Xavier Huillard s’attend à « des centaines de milliards de dollars d’investissements dans le monde ».
« C’est aujourd’hui que se joue le positionnement de demain », acquiesce Christophe Pélissié du Rausas, directeur du développement du groupe. Certaines de ses initiatives sont déjà connues. Vinci a déjà mis la main à la poche avec le fonds HY24 dédié à l’hydrogène bas carbone, où il a investi 100 millions d’euros, un ticket identique à ceux d’Air Liquide et TotalEnergies. Lancé en 2021, géré par une société commune à Ardian et FiveT Hydrogen, le fonds, qui compte Axa, Baker Hugues ou encore Plug Power parmi les engagés, a déjà investi 200 millions d’euros dans trois opérations. Doté à terme de 2 milliards de fonds propres, sa feuille de route doit l’amener, via des prises de participations minoritaires, à un total de 20 milliards d’euros d’investissements, une enveloppe qui intègre financements publics et levier de dette.
Encore une goutte d’eau dans les revenus
Mais Vinci est loin d’arborer la seule casquette de l’investisseur. L’essor de l’hydrogène sera une source de croissance des revenus, veut croire le groupe. A ce stade, cela représente seulement « quelques dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires », estime pourtant Christophe Pélissié du Rausas. Une telle portion paraît encore bien modeste comparée aux 15 milliards d’euros de revenus totaux du pôle Vinci Energies, qui contribue à 30% des facturations globales du groupe en 2021.
Pour l’heure, il multiplie les initiatives et les partenariats, autant de jalons, préludes à des contrats. Sa présence va de l’amont (production) à l’aval (distribution) de la filière, en passant par le transport et le stockage. L’amont consiste en la production d’hydrogène vert à base d’énergies renouvelables ou d’électrolyse à haute performance, des domaines où sont déjà actives ses filiales comme Hyfinity, Cobra IS ou Genvia.
Dans le transport et le stockage, Vinci mise sur les expertises de Spiecapag (pipelines) ou de Geostock, une référence dans les techniques du stockage souterrain. Selon Vinci, 4.000 tonnes d’hydrogène peuvent être stockées, sous haute pression, dans une seule cavité, une quantité à mettre en perspective avec les 5 kilogrammes que représente le « plein » pour une voiture à hydrogène. Soit l’équivalent de 800.000 pleins.
Réserves stratégiques
Comme il existe aujourd’hui des réserves stratégiques pour les produits pétroliers (25% de la consommation) et de gaz naturel (11% de la consommation), la France et l’Europe se doteront peut-être demain de réserves stratégiques dédiées à l’hydrogène. Avec une capacité de production de 6,5 GW d’électrolyseurs, la France aurait besoin de 20 à 40 cavités dédiées au stockage souterrain pour mettre en réserve 5% de sa production.
Enfin, en aval, le groupe, spécialiste des concessions, veut préparer dès aujourd’hui l’adaptation de ses infrastructures (stations-service sur autoroute, aéroports). Demain, en fonction de l’essor des transports à base d’hydrogène, faudra-t-il acheminer ce vecteur énergétique par pipelines ou bien le produire directement sur place ? Les réponses paraîtront peut-être évidentes en 2035, date à laquelle les premiers avions alimentés à l’hydrogène liquide sont évoqués. Mais les questions se posent dès-à-présent chez Vinci.
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