Un scénario catastrophe envoie la valorisation d’Air France au tapis
Officiellement, Air France n’a pas renoncé à son objectif de dégager en 2011 un résultat d’exploitation positif. Néanmoins, de plus en plus d’analystes doutent de la capacité du groupe à rester bénéficiaire cette année, après avoir enregristré lors du dernier exercice un résultat d’exploitation de 122 millions d’euros contre une perte de 1,28 milliard un an auparavant. «La valorisation actuelle reflète d’ores et déjà un recul de rentabilité semblable à celui de la précédente crise», estime Julien Richer, analyste chez Raymond James. Hier, après une nouvelle baisse du cours de l’action (-7,12% à 5,94 euros), la capitalisation de la compagnie aérienne est tombée à un plus bas historique de 1,78 milliard d’euros, enfonçant le creux de 2008. Elle ne représente qu'à peine plus de 0,3 fois environ l’actif net du groupe.
Air France est considérée comme la compagnie aérienne dont les comptes sont les plus menacés par la dégradation de l'économie. Ses charges de personnels ont représenté lors du dernier exercice 7,3 milliards d’euros, son principal poste devant le carburant (5,72 milliards), soit 31% de son chiffre d’affaires. Lufthansa et IAG, le groupe né de la fusion entre British Airways et Iberia, affichent des ratios 5 à 6 points inférieurs. Or, ce poste est difficilement compressible à court terme. Pierre-Henri Gourgeon, le directeur général d’Air France, rencontrait hier les représentants des salariés pour, selon l’expression du groupe, «discuter des mesures qui pourraient être nécessaires dans le contexte actuel». La compagnie pourrait ainsi renforcer son programme d’économies «Challenge 12» qui a permis d’économiser 595 millions d’euros lors du dernier exercice. Un conseil stratégique est prévu fin octobre-début novembre. Les Echos évoquent ce matin 700 à 800 millions d'économies supplémentaires.
Dans le scénario noir que semble aujourd’hui privilégier le marché, Air France pourrait même être contrainte de lever du capital pour faire face à sa dette. Au 30 juin, celle-ci s’élevait à 6,04 milliards d’euros, soit 0,92 fois les fonds propres. Mais en termes de flux financiers (dette sur cash-flow), les ratios sont nettement plus tendus. Lors de la crise de 2008-2009, la compagnie avait ainsi brûlé 243 millions d’euros de cash-flow en un an. Or, Air France devra faire face en avril 2012 à une échéance potentielle de 450 millions d’euros. Les porteurs des obligations convertibles et/ou échangeables en actions nouvelles ou existantes (Oceane) émises en avril 2005 peuvent en effet demander le remboursement de leurs titres à une valeur nominale de 20,5 euros.
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