Tous les obstacles au financement des PME/ETI ne sont pas encore levés
Approuvée au début du mois d’août, la réforme du code des assurances permettant aux assureurs de consacrer 5% de leurs encours au financement des ETI ou des PME devrait donner un coup de fouet à la désintermédiation bancaire en France. «L’effet de la réforme se fera sentir graduellement, le temps notamment de l’adaptation de certains investisseurs, mais elle va aider à donner une nouvelle profondeur au marché sur les mois à venir», se félicite Rémy Savoya qui dirige les placements privés de dette chez Kepler Corporate Finance. En prenant en considération les encours d’assurance vie, ce sont près de 65 milliards d’euros qui pourraient être orientés vers les ETI/PME, soit plus que les 42 milliards apportés jusqu’à présent en financement par les assureurs.
En pratique, la réforme s’annonce compliquée et coûteuse. «La mise en place des nouveaux dispositifs de gestion de cette classe d’actifs (placements privés ou corporate loans) risque de coûter cher aux acteurs. Elle demande une équipe d’analystes crédit, la mise en place d’un modèle interne validé par l’Autorité de contrôle prudentiel ainsi qu’un suivi des investissements par un tiers indépendant. Les petits investisseurs auront du mal à supporter ces nouveaux coûts», explique Muriel Nahmias, senior director chez Bfinance. Dans ces conditions, «il est probable qu’un certain nombre d’assureurs délèguent la gestion de ces investissements à des gérants de fonds ayant des équipes dédiées d’analyse crédit et de structuration», ajoute Rémy Savoya, ce qui devrait profiter aux sociétés de gestion.
De nombreux intervenants s’interrogent également sur le plafond fixé à 5%, qui pourrait se révéler contraignant pour les plus grands acteurs. «Pour passer à la vitesse supérieure il faudra trouver un relais dans les prochains trimestres», estime Jean-Jacques Duchamp, directeur général adjoint de Crédit Agricole Assurances. Avec la limite fixée à 5% de ses actifs, l’assureur le plus actif du marché pourrait consacrer jusqu'à 10 milliards d’euros de ses moyens vers de la dette d’entreprise non notée ou de PME. Or, il a déjà investi 4,5 milliards d’euros en un an et demi.
Enfin, un dernier obstacle devra être levé pour ouvrir totalement le marché: la standardisation de la documentation permettant de garantir un traitement pari passu de ces nouveaux créanciers avec les banques. Des discussions de Place sont en cours mais un consensus s’annonce compliqué à trouver.
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