Telecom Italia est contraint à sortir de l’immobilisme

La suspension possible du projet de scission du réseau fixe a encore fait dévisser l’action de l’opérateur télécom
Alexandre Garabedian

Franco Bernabé, le directeur général de Telecom Italia, s’est empressé hier midi de démentir la fâcheuse impression laissée lundi soir par son groupe. L’opérateur télécom historique n’a pas abandonné son projet de scission du réseau de téléphonie fixe, contrairement à ce que son communiqué publié le 15 juillet laissait penser. Dans la matinée, l’action a perdu plus de 4% pour passer sous le seuil des 50 centimes, soit son plus faible niveau depuis seize ans.

Le régulateur italien a annoncé la semaine dernière une baisse des tarifs de dégroupage pour 2013, allant de 6,5% à 22,4% selon les offres. Ce dernier estime à 110 millions d’euros la perte d’Ebitda liée à ces décisions. Pour la période 2014-2016, les prix des tarifs de dégroupage seront fixés après prise en compte de la scission du réseau fixe et des recommandations de la Commission européenne, attendues en septembre.

A l’issue d’un conseil extraordinaire, Telecom Italia a estimé que cette nouvelle grille tarifaire affectait la faisabilité du «spin-off». Une posture tactique, selon plusieurs observateurs. Le groupe mise sur ce projet de séparation pour alléger la pression réglementaire. Pour Enrico Coco, chez Kepler Cheuvreux, l’opérateur «cherche à s’assurer d’une régulation favorable avant d’engager les étapes suivantes» de la scission, dont l’analyste ne doute pas qu’elle ira de l’avant.

Telecom Italia a en effet besoin de mener à terme le spin-off pour gagner en flexibilité. Les actifs séparés seraient valorisés 14 milliards d’euros, soit 50% de plus que la capitalisation boursière du groupe, et la holding deviendrait comme ses concurrents une société de services soumise à un contrôle réglementaire beaucoup plus léger.

L’opérateur, qui reste sur l’échec début juillet de ses discussions avec Hutchison Whampoa pour la fusion de leurs activités mobiles en Italie, doit aussi prouver au marché qu’il sort de l’immobilisme. Lesté de 28 milliards d’euros de dette, il se trouve à la limite de la catégorie spéculative. «Telecom Italia a peu de chances de pouvoir conserver ses notations BBB-/Baa3 sur la base de ses seules perspectives opérationnelles, estiment les analystes crédit de Natixis. Pour échapper à une dégradation en catégorie spéculative, le groupe pourrait suivre les pas de KPN en lançant une augmentation de capital d’ici 6 à 9 mois». Le verdict des agences pourrait tomber après les résultats semestriels du groupe, le 1er août.

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