Son augmentation de capital bouclée, PSA demande du temps pour rebondir
Le constructeur PSA Peugeot Citroën a officialisé, ce mercredi, son projet d’augmentation de capital de trois milliards d’euros avec le chinois Dongfeng Motor et l’Etat français. Ce dispositif devrait lui permettre de retrouver des marges de manœuvres et d’assurer sa transformation après une deuxième année consécutive de perte. En 2013, le premier groupe automobile français a accusé une perte nette, part du groupe, de 2,3 milliards d’euros, réduite de moitié par rapport à celle subie en 2012.
Malgré une forte baisse de la consommation de free cash flow opérationnel, ramenée à 426 millions d’euros hors charges de restructuration contre 3 milliards en 2012, la dette nette de PSA a bondi d’un milliard d’euros à 4,15 milliards d’euros. L’agence de notation Fitch a confirmé sa note IDR (Issuer default Rating) «B+" pour PSA Peugeot Citroën tout en relevant sa perspective de « neutre » à « stable ».
«L’augmentation de capital (...) va assurer au groupe une situation financière saine et solide sur le long terme et lui permettre d’investir à nouveau», a déclaré le directeur financier Jean-Baptiste de Chatillon au cours d’une téléconférence de presse. A l’issue de l’opération, qui devrait intervenir au deuxième trimestre, Dongfeng, l’Etat français et la famille Peugeot se retrouveront chacun avec des participations équivalentes de 14% et deux sièges au conseil de surveillance, dont le président sera un administrateur indépendant. «Nous avons maintenant un actionnariat stable et équilibré, nous avons une gouvernance qui va se mettre en place (... ) avec un leadership indépendant et un directoire emmené par Carlos Tavares. Tout est donc en place pour donner un nouvel élan à PSA, pour que PSA reste un constructeur majeur au niveau mondial», a ajouté Jean-Baptiste de Chatillon.
En Bourse, l’action PSA, après un bond en début de matinée, gagnait 1,44% à 12,68 euros à mi séance dans des volumes importants.
Pour sa première apparition publique depuis son arrivée chez PSA, Carlos Tavares a rendu hommage à Philippe Varin, auquel il succédera à la présidence du directoire dès le 31 mars, et a annoncé qu’il présenterait d’ici la mi-avril un nouveau plan stratégique, baptisé «Back in the Race», couvrant la période 2014-2018. «Nous sommes de retour dans la course, rien n’est facile, nous sommes dans un secteur extrêmement compétitif, il nous faudra un peu de temps, mais le rebond est en marche», a déclaré l’ancien numéro deux de Renault qui prendra dès jeudi la direction opérationnelle de PSA.
En renforçant leur partenariat industriel, PSA et Dongfeng comptent tripler leurs volumes de production communs en Chine, à 1,5 million de véhicules d’ici 2020, accélérer les transferts de technologies de PSA vers son partenaire moyennant royalties et créer une coentreprise pour exporter ensemble vers le reste de l’Asie, premier marché mondial de l’automobile. Ils comptent aussi accentuer leur travail de recherche et développement sur des plates-formes low cost à destination des marchés émergents d’Amérique latine et de Russie mais aussi du pourtour européen, notamment la Turquie et l’Afrique. PSA ne dispose pas actuellement d’une telle plate-forme, contrairement à Renault dont la gamme low cost connue en Europe sous le nom de Dacia est devenue le fer de lance sur les marchés émergents.
La recapitalisation de PSA passera par une augmentation de capital réservée de 1,05 milliard d’euros, qui sera souscrite à parts égales par Dongfeng et l’Etat français au prix de 7,5 euros par action, a confirmé PSA dans un communiqué, soit une décote de 40% sur le cours de clôture de l’action PSA mardi. Elle comprendra ensuite une augmentation de capital avec maintien du droit préférentiel de souscription de 1,95 milliard d’euros ouverte à l’ensemble des actionnaires, et l’attribution de bons de souscription d’actions (BSA) qui pourrait représenter une ressource additionnelle potentielle d’environ 770 millions d’euros. Au total, Dongfeng et l’Etat français devraient contribuer pour un montant total de 800 millions d’euros chacun, tandis que la famille Peugeot, principal actionnaire, pourrait suivre à hauteur de 150 à 250 millions.
FFP, holding de la famille Peugeot qui a donc fini par accepter de céder le contrôle d’une entreprise qu’elle a fondée il y a plus de deux siècles, a diffusé un communiqué dans lequel elle «confirme son engagement et son attachement au groupe PSA, et réitère sa confiance dans l’avenir du groupe automobile». Le ministre de l’Economie Pierre Moscovici, sur RTL, a parlé d’ «une nouvelle histoire qui commence, dans laquelle l’Etat s’engage avec une volonté, qui est de conforter l’ancrage en France de PSA».
Pour financer ses projets futurs, PSA a également confirmé qu’il négociait avec la banque espagnole Santander un partenariat en Europe, notamment pour accélérer la sortie de la garantie de l’Etat français octroyée fin 2012 à Banque PSA Finance, et qui court jusqu'à la fin 2016. PSA, qui vise un free cash flow opérationnel positif «au plus tard» cette année-là , n’a pas communiqué d’objectifs pour 2014, si ce n’est qu’il prévoit un léger rebond de 2% du marché automobile européen et une croissance toujours vigoureuse en Chine, de 10%.
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