Slack casse les plafonds
La cotation directe confirme son intérêt pour les sociétés de technologies. Slack Technologies, qui entrait hier en Bourse par le biais de cette procédure inhabituelle, a ouvert la séance à 38,50 dollars vers midi heure locale (18h00 à Paris). Ce cours est supérieur de 48% au prix de référence de 26 dollars, qui avait été calculé mercredi par le New York Stock Exchange (Nyse) à partir des récentes transactions réalisées hors marché sur son capital. Il s’est envolé de 61% peu après, avant de terminer en hausse de 48,54% (à 38,62 dollars).
La société de messagerie électronique à l’usage des professionnels capitalisait hier soir 23 milliards de dollars (20,4 milliards d’euros) – contre 15,7 milliards selon son cours de référence. La capitalisation prend en compte la totalité des actions en circulation de catégories A et B.
Selon les fournisseurs d’information financière Dealogic et FactSet, les entreprises technologiques introduites cette année sur les marchés américains ont en moyenne progressé de 30% par rapport à leurs prix d’introduction. Slack fait donc nettement mieux et a pour l’instant remporté son pari. La start-up a probablement été aidée par une première recommandation à l’achat émise par Atlantic Equities en matinée, qui a fixé un objectif de 37 dollars (soit 42% au-dessus du prix de référence). Pour le courtier, le nombre d’utilisateurs de Slack pourrait dépasser les 50 millions d’ici à 2025 (contre 10 millions fin janvier 2019), l’adoption de cette messagerie par les professionnels se faisant à un rythme aussi «viral» que WhatsApp pour les particuliers.
Ce n’était pas gagné: si la plupart des dernières introductions en Bourse (IPO) dans le secteur aux Etats-Unis ont connu un certain succès, celle de Lyft et surtout celle d’Uber Technologies (promise à atteindre des sommets) ont vécu un démarrage poussif.
La cotation directe fait des émules
En choisissant une cotation directe, qui consiste à placer exclusivement des actions existantes sur le marché sans fixer de prix d’introduction, Slack a suivi l’exemple de Spotify. En avril 2018, le groupe suédois de vidéos en continu (streaming) avait clos sa première journée en hausse de 13%. Le succès encore plus net de Slack milite en faveur cet instrument relativement nouveau (l’opération de Spotify était une première pour le Nyse), dans la mesure où d’autres géants de la tech américaines lorgnent la Bourse, comme Airbnb.
Pour les entreprises qui n’ont pas de besoins immédiats de liquidités, la cotation directe leur permet de se passer du formalisme et des frais liés aux IPO, du roadshow à la mise en place d’un consortium bancaire. Elle évite aussi d’imposer aux actionnaires existants des lock-up (interdiction de vendre des titres pendant une période donnée) et leur offre ainsi une porte de sortie rapide.
Revers de la médaille, l’opération accroît le risque de volatilité du titre dans les heures ou les jours qui suivent. «La probabilité de se retrouver avec beaucoup plus d’offre que de demande d’actions Slack s’en trouve accrue», prévient Alejandro Ortiz, analyste chez SharesPost. Mercredi dernier, Slack avait annoncé que ses actionnaires avaient à nouveau converti des actions de catégorie B en actions de catégorie A, accroissant de 13 millions le montant de titres pouvant être vendus, à 194 millions d’unités.
Slack peut s’enorgueillir de son succès, mais rien n’est joué. La start-up devra justifier à long terme l’intérêt qu’il suscite auprès des investisseurs, sous peine de subir une sanction. Pour avoir privilégié la croissance aux bénéfices, Spotify voit désormais son action se négocier à 15% sous son cours d’introduction.
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