SAP relance au prix fort les fusions-acquisitions dans les logiciels
Mieux que Business Objects. En offrant 7,4 milliards de dollars pour l’américain Concur, plus que les 6,8 milliards payés en 2007 lors du rachat du groupe français, SAP s’apprête à réaliser la plus grande acquisition de son histoire. L’une des plus chères également. Le prix représente environ 10 fois le chiffre d’affaires estimé de Concur pour 2015. Business Objects avait été payé un peu moins de 4 fois ses revenus futurs. A 129 dollars par action, SAP offre une prime de 20% aux actionnaires de Concur.
Les analystes n’ont donc pas eu de mal à juger le prix élevé avant de trouver plusieurs explications. Le groupe américain affiche une croissance de ses revenus proche de 30%. Il devrait ainsi contribuer à ajouter 1 point à la croissance totale de SAP en année pleine, malgré une taille 20 fois plus petite que son acheteur. Surtout, l’éditeur allemand espère dégager des synergies commerciales alors que la majorité de ses 261.000 clients n’utilisent pas les services de Concur. Ce dernier est également encore peu déployé en Europe. Il réalise 84% de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis, principalement auprès de grands comptes. L’éditeur est spécialisé dans les solutions de gestion de frais de voyages ou de management pour les entreprises.
L’opération doit enfin servir de base de lancement aux services de SAP dans le «cloud computing» (informatique décentralisée), la technologie employée par Concur. SAP devrait ainsi relever prochainement son objectif de réaliser 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans le «cloud computing» en 2017.
Le rachat de Concur représente un premier test pour Bill McDermott qui a pris seul les commandes de SAP en mai 2014. Il pourrait également relancer un mouvement de concentration dans les logiciels alors que tous les grands éditeurs, Oracle en tête, cherchent à accroître leur présence dans le «cloud».
L’opération sera intégralement financée en numéraire via de la dette. Les analystes de Kepler Cheuvreux s’attendent à ce que le groupe allemand obtienne des conditions suffisamment favorables pour limiter l’effet négatif des charges financières sur le compte de résultat. Le prix de Concur représente environ deux années de génération de cash-flow disponible. Le premier éditeur européen de logiciels pourrait ainsi retrouver une situation de cash positive dès 2017. SAP est conseillé par Deutsche Bank, Concur par la boutique Qatalyst.
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