Sans être un remède miracle, le «say on pay» posera un jalon pour une entreprise responsable

Dans le dernier Rapport moral sur l’argent dans le monde, plusieurs contributeurs se penchent sur cette nouvelle approche des rémunérations
Antoine Duroyon

Comme le souligne Jean-Pierre Jouyet, directeur général de la Caisse des dépôts, dans l’avant-propos à la dix-huitième édition du Rapport moral sur l’argent dans le monde, les règles de gouvernance s’attachent à trouver le «bon équilibre» entre actionnaires et dirigeants, «particulièrement dans le domaine très sensible des rémunérations».

Dans son introduction, Antoine Mérieux, délégué général de l’Association d'économie financière, en charge de la coordination du rapport, note que les pratiques françaises ont pris en la matière «un certain retard» par rapport aux pays anglo-saxons, «comme le montre le cas emblématique de l’absence de contrôle des assemblées générales sur la rémunération des présidents non exécutifs».

Dans ce contexte, le principe du «say on pay» gagne du terrain et constitue un nouveau mécanisme observé avec attention. Dans leur contribution «Rémunération des dirigeants : qui doit réguler ? Et comment ?», Daniel Lebègue et Alain Martel, respectivement président et secrétaire général de l’Institut français des administrateurs, estiment que le dispositif permettra d’accroître la transparence mais ne favorisera pas pour autant la modération salariale, le cas britannique étant là pour le prouver.

De son côté, Pierre-Henri Leroy, fondateur de l’agence de conseil en vote Proxinvest, dans sa contribution «Légitimité et exemplarité : pourquoi doit-on laisser les actionnaires juger de la rémunération des dirigeants ?», juge que le monde des affaires a fait preuve en la matière d’une résistance coupable. «Ce refus du principe de responsabilité aura été un formidable rendez-vous manqué entre l’entreprise et le public», écrit-il.

S’ils reconnaissent au «say on pay» des «effets positifs» et une responsabilisation des parties prenantes, Daniel Lebègue et Alain Martel avertissent néanmoins que sa mise en œuvre ne doit pas conduire «à court-circuiter ou à démotiver le conseil d’administration et que le processus de décision [doit être] aussi professionnel que possible».

Alors que Bercy a décidé le mois dernier de ne pas légiférer sur la gouvernance des entreprises et des dirigeants, Robert Leblanc, ancien président du Comité d'éthique du Medef, a confirmé lors de la présentation du rapport que le «say on pay» ferait partie du prochain code Afep-Medef. Pour celui qui est aussi PDG d’Aon France, cette démarche permet «d'éviter que le débat soit sur la place publique. Ceux qui sont concernés par l’entreprise donnent leur avis».

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