Orange aurait les moyens de supporter un rachat de Telecom Italia
Orange retrouve des accents expansionnistes. En plus de l’offre en cours sur l’espagnol Jazztel, Stéphane Richard, le PDG de l’opérateur français, verrait d’un bon œil un rapprochement avec Telecom Italia. Si le groupe italien a démenti hier toute discussion avec son homologue français, les déclarations de Stéphane Richard au Journal du Dimanche, évoquant un «échange de vues», ressemblent bien à un test du marché et confirment que le secteur européen n’en a pas fini avec la consolidation.
Dans une interview à Reuters lors du Mobile World Congress de Barcelone, Ramon Fernandez, le directeur financier d’Orange a enfoncé le clou hier: «Les marchés nationaux vont encore être rationalisés, puis se posera la question de savoir s’il y aura des opérations transfrontalières ou non.»
En 2008, sous la présidence de Didier Lombard, France Telecom avait tenté un rapprochement amical avec le scandinave TeliaSonera. Le manque de conviction des actionnaires, notamment étatiques, avait eu raison d’un projet qui insistait à l’époque sur la complémentarité géographique et l’effet de taille. Selon les analystes d’Oddo, la «situation est différente» dans le cas de Telecom Italia. D’une part, le groupe italien «se paie sur des ratios inférieurs à Orange», alors que le rapport de force était inverse avec TeliaSonera. D’autre part, il est fragilisé par une «marge de manœuvre financière limitée» et ses actionnaires sont a priori vendeurs de leur position. Vivendi, qui pourrait recevoir environ 5% du capital de Telecom Italia une fois GVT vendu à Telefonica, n’a pas vocation à rester au tour de table.
La valeur d’entreprise de Telecom Italia s’élève à 48 milliards d’euros, dont 28 milliards de dette. Le groupe français aurait donc à mobiliser 20 milliards d’euros pour 100% du capital, soit la moitié de sa capitalisation actuelle, mais pourrait «ré-empocher rapidement entre 6 et 9 milliards d’euros en cédant l’activité brésilienne de Telecom Italia», indique Oddo. De même, son ratio de dette nette sur Ebitda est l’un des moins élevé du secteur européen, à 2,2 fois, ce qui permettrait de supporter l’opération.
Orange aurait donc les moyens de mener une telle opération. Mais cela suffirait-il à lever tous les doutes ? «Reste à voir s’il y a vraiment de la valeur à créer par ce type d’opérations (transfrontalières, ndlr)», reconnaît Ramon Fernandez. Jusqu'à présent, l’Europe n’en a jamais connu.
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