Michel Barnier veut agir sur la structure du marché de l’audit
«Ce texte [sur l’audit] fait partie du paysage global de la réforme financière [dessinée par] le G20», rappelle Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur, dans un entretien avec L’Agefi. Avant 2008 «nous n’avons pas entendu d’auditeurs donner l’alerte» au sujet des problèmes des banques, souligne-t-il, laissant entendre que la structure et le fonctionnement du marché de l’audit avaient mis en péril la qualité de l’information financière.
Le commissaire européen veut relâcher l’emprise des «Big Four» sur l’audit des grands comptes. «Ce n’est ni sain ni normal qu’une entreprise soit auditée par le même cabinet pendant trente ou quarante ans. Des habitudes se prennent, il y a des risques de conflits d’intérêt», estime-t-il. «Est-il normal que 80% du marché soit dominé par quatre cabinets, quand ce n’est pas trois ou deux?», interroge-t-il. Il assume vouloir «donner leur chance» aux «cabinets moyens». «La force du marché unique, ce sont ses PME», dit-il. Le lobbying des quatre grands cabinets a été «contre-productif». Pour eux, «c’était: ‘tout va très bien’. Ce n’est pas vrai», affirme-t-il.
Aux termes des propositions qui vont être maintenant soumises au Parlement et au Conseil des ministres, les sociétés cotées devront faire tourner leur cabinet tous les six ans. Cette rotation sera prolongée de trois ans (à neuf ans) en cas d’audit conjoint entre un Big Four et un autre cabinet. Michel Barnier avait ouvert la discussion au sein de la Commission il y a trois mois en proposant un co-commissariat obligatoire. Il s’en tient à cette «incitation». Il dément avoir reculé mais reconnaît avoir tenu compte des réserves de ses homologues. La question de la responsabilité respective des cabinets en cas d’audit conjoint et celle du coût méritaient d’être «examinées» plus avant. Sans compter que le Danemark, l’Allemagne et la Belgique ont finalement fait machine arrière sur cette mesure.
«L’essentiel» du texte a été «préservé», dit-il. Les propositions exigent notamment la constitution de cabinets d’«audit pur», donc la séparation des activités de conseil. Il libéralise les règles de propriété des cabinets, interdisent les clauses contractuelles imposant le recours à l’un des Big Four, courantes dans les contrats de prêts bancaires, ou encore imposent une réforme drastique du contrôle qualité.
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