M6 est le plus fragilisé par l’irruption de Canal+ dans la télévision gratuite
Les analystes sont unanimes: le duo Vivendi-Canal+ paye cher son entrée dans la télévision gratuite, avec un multiple de 5,5 fois le chiffre d’affaires estimé des chaînes Direct 8 et Direct Star pour 2011, soit 5 fois plus que le ratio de M6. Et même si la taille de l’acquisition (465 millions d’euros) est relativement anodine pour Vivendi, le groupe aura du mal à la rentabiliser, en devant patienter au moins six ans pour couvrir le coût moyen pondéré du capital mobilisé, selon Barclays.
Pourtant, en «dynamitant le paysage audiovisuel français» comme l’écrit CM-CIC, Vivendi et sa filiale ont réussi leur coup. D’une part, ils se préparent à une mutation du monde de la télévision. Ensuite, ils assomment leurs concurrents TF1 et M6. Vendredi, la capitalisation de la filiale de Bouygues a chuté de 158 millions d’euros quand celle de M6 fondait de 119 millions. Le temps d’obtenir les autorisations nécessaires, sans compter que TF1 et M6 ne manqueront pas d’utiliser toutes les voies de recours possibles, la reprise de Direct 8 et de Direct Star par Canal+ n’aura pas de conséquences avant 2013. Mais à partir de cette date, l’impact sur les deux groupes de télévision risque d’être croissant. Selon Barclays, le bénéfice net avant impôts de TF1 pourrait être amputé de 3% en 2013 et de 13% en 2016. Pour M6, l’érosion varierait de 2% à 9%.
Selon Natixis, c’est bien M6 qui est le plus directement menacé, avec ses deux chaînes (M6 et W9). En prenant les chaînes de Bolloré, Canal+ disposera de trois canaux gratuits, autant que TF1, et pèsera 275 millions d’euros de recettes publicitaires, soit 7% du marché français, 15% de la taille de TF1 mais 34% de celle de M6. Une position qui lui permettra de dérober des annonceurs à ses concurrents. Sans compter que pour contrer l’arrivée de Canal+, TF1 et M6 pourraient se lancer dans une inflation des coûts de leur grille, selon les analystes de Cheuvreux.
Nicolas de Tavernost, le président du directoire de M6, ne cachait pas sa volonté de renforcer la présence du groupe via des acquisitions. Il dispose d’une trésorerie de 300 millions d’euros. NRJ 12 fait figure de cible toute trouvée. Mais déjà que l’actionnaire NRJ ne semble pas vendeur, l’opération Canal+-Bolloré a fait s’envoler le prix hypothétique de vente de la chaîne à 395 millions d’euros, selon Cheuvreux. Soit les deux tiers de la capitalisation du groupe NRJ.
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