L’Italie lance finalement un plan de cession d’actifs industriels

Rome souhaite s’alléger d’ici un an au capital de huit sociétés, dont Eni, pour un montant susceptible d’atteindre 12 milliards d’euros
Benoît Menou

Le gouvernement italien a surpris hier en dévoilant un plan de cessions de titres au sein de huit sociétés pour 10 à 12 milliards d’euros. Une telle initiative était certes espérée depuis des années au regard de la situation délicate du pays en termes de dette publique, mais les gouvernements successifs y avaient renoncé.

Le président du Conseil Enrico Letta et le ministre de l’Economie Fabrizio Saccomani ont précisé en conférence de presse que le gouvernement se donnait un an pour mener à bien l’opération. La moitié des fonds récoltés sera affectée à la réduction de la dette, l’autre à la recapitalisation de la Caisse des Dépôts italienne, la CDP.

Le groupe pétrolier Eni est concerné. A hauteur de 3% de son capital par rachat de ses propres titres pour 2 milliards d’euros environ, permettant à la puissance publique d’en conserver 30%. Sont également visés par le programme le spécialiste franco-italien des semiconducteurs STMicroelectronics à un niveau non précisé, ainsi que 40% des chantiers navals Fincantieri, 40% du contrôleur aérien Enav, 60% de l’organisme d’assurance export Sace, 60% de Grandi Stazioni, le gérant des emplacements marchands des gares ferroviaires et 50% de CDP Reti, filiale de la CDP propriétaire d’une partie du réseau électrique Terna et du réseau gazier Snam Rete Gas.

Rome entend ainsi donner des gages à Bruxelles quant à son sérieux en matière de dette. Enrico Letta a indiqué que les mesures font office de « premier paquet de privatisations». Il n’a pas caché son espoir de pouvoir obtenir de ce fait l’an prochain de la part de la Commission européenne davantage de «flexibilité».

Le plan constitue aux yeux du chef du gouvernement «un premier pas non seulement pour conserver le déficit 2014 sous contrôle, mais aussi pour réduire la dette publique totale pour la première fois en cinq ans». Le geste symbolique aura une portée limitée. La somme allouée à la réduction de la dette représente 0,3% du PIB quand cette dette atteint 133% du PIB, le deuxième niveau le plus élevé en Europe après la Grèce.

Le gouvernement italien n’est pas le seul à miser sur la privatisation. Cette semaine, Lisbonne, également sous la pression de Bruxelles, a lancé celle du service postal public CTT. La vente d’ici à la fin de l’année de 70% du capital rapportera jusqu’à 580 millions d’euros à l’Etat.

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