L’incendie chez OVHcloud pourrait compromettre son entrée en Bourse
Moins de 24 heures après l’annonce de ses réflexions en vue d’une entrée en Bourse, OVHcloud est victime d’un sinistre qui risque de compromettre son projet à moyen terme. Un important incendie a ravagé une partie du site strasbourgeois du groupe dans la nuit de mardi à mercredi, et a détruit des serveurs, provoquant l’arrêt forcé d’autres infrastructures. Le feu a été circonscrit en début de matinée. Un sinistre redoutable pour le champion français du stockage de données informatiques, très dépendant de ses serveurs informatiques, et dont le coût reste encore difficile à mesurer.
«Nous sommes actuellement en train d’évaluer l’impact de cet incident et communiquerons dès que possible avec la plus grande transparence sur l’avancée de nos analyses et la mise en œuvre de solutions», indiquait le groupe dans un communiqué mercredi matin. «Le feu a détruit SBG2. Une partie de SBG1 est détruite. Les pompiers protègent SBG3. Pas d’impact sur SBG4», précisait pour sa part sur Twitter le fondateur d’OVHcloud, Octave Klaba, en référence aux différents bâtiments abritant les serveurs informatiques.
Mercredi à 16 heures, il ajoutait : «Nous prévoyons de redémarrer les réseaux SBG1 et SBG4 d’ici lundi 15 mars, et le réseau SBG3 d’ici vendredi 19 mars.» Le groupe s’est dit prêt à accompagner ses clients et à mettre en place des solutions pour pallier l’indisponibilité de son site strasbourgeois.
De nombreuses entreprises touchées
De nombreux sites internet de leurs clients étaient paralysés mercredi. Le spécialiste français de trading de bitcoins Coinhouse a été temporairement affecté mercredi matin, tout comme le site internet data.gouv.fr, qui abrite des données du gouvernement ouvertes au public. Les sites web du Centre Pompidou à Paris, du serveur «Lycée connecté» de la Région Nouvelle-Aquitaine, de l’Autorité européenne des marchés financiers, ou encore des start-up VeraCrypt et AFR-IX étaient encore gelés mercredi soir.
Les médias spécialisés Stratégies et CB News (groupe MediaSchool) n’ont pas pu envoyer leurs newsletters mercredi matin. Maddyness, site d’actualité consacré aux start-up, était encore hors service mercredi après-midi, tout comme News Assurance Pro, média consacré aux professionnels du secteur de l’assurance, a constaté L’Agefi.
Peur de pertes de données
Plusieurs entreprises et PME s’inquiètent aussi de savoir si elles pourront retrouver l’historique de leurs données.
OVHcloud a recommandé à ses clients d’activer leur «plan de reprise d’activité», des procédures visant à reconnecter les sites Web et logiciels impactés par un incident de serveurs en s’appuyant sur le relais d’un autre centre de données. Mais pour que ces plans fonctionnent, les entreprises doivent disposer d’une copie des données. Or, beaucoup n’avaient visiblement pas de sauvegardes de leurs données ni de serveurs de secours. Interrogée sur d’éventuelles pertes définitives, OVHcloud a indiqué ne pas être en mesure de répondre dans l’immédiat.
Profil de risque
OVHcloud était déjà bien avancé dans son projet d’introduction en Bourse. En plus de Rothschild & Co, déjà mandaté comme conseil, le groupe avait lancé ces derniers jours l’appel d’offres pour sélectionner les banques chargées de mener la mise en Bourse, a appris L’Agefi. En plus de son coût, cet incendie pourrait changer le profil de risque d’OVHcloud auprès des clients et des investisseurs.
L’entreprise, en pleine ascension, avait été valorisée 1,2 milliard d’euros en 2016, lors d’une précédente levée de fonds.
La société OVHcloud, créée en 1999 et toujours contrôlée par Octave Klaba, emploie 2.450 personnes et est le premier fournisseur de services dans le cloud basé en Europe.
Elle est en concurrence avec Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, les trois géants américains qui dominent le marché. Elle incarnait donc la souveraineté européenne, en tant que seul champion continental du Cloud, mais aussi celui qui permet la maîtrise des datas sur le sol français, selon les lois européennes. Avec ses 17 centres de données installés en France (sur 32 dans le monde), OVHcloud héberge les deux tiers des sites français, dont 14 entreprises du CAC 40 et 35 des 100 plus gros sites de e-commerce français.
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