Les ventes de blocs portent le marché primaire actions à bout de bras
Depuis le début de l’année, le marché européen du primaire actions (equity capital market, ECM) fonctionne à plusieurs vitesses. Pas ou peu d’introductions en Bourse. Pas d’émissions d’obligations convertibles et de très rares augmentations de capital. En revanche, des ventes de blocs d’actions qui pullulent. Le placement jeudi dernier par l’italien Eni de 11,7% du capital de son ancienne filiale de transport de gaz Snam, pour 1,5 milliard d’euros, a encore renforcé cette tendance. Un record de 36,4 milliards de dollars, via 73 opérations, a été placé sur les marchés de la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique depuis le 1er janvier, selon les données de Dealogic. C’est deux fois plus que l’an dernier à pareille époque.
«Le volume d’activité sur les ventes de blocs est intimement corrélé à l’évolution des indices boursiers. Les fonds de private equity, par exemple, qui cherchent à monétiser leurs investissements cotés sont très présents sur ce marché», explique Jean-Michel Berling, responsable de l’activité ECM chez CA CIB, qui a notamment récemment participé à la vente d’actions EADS par Lagardère. En deux opérations espacées de seulement quelques semaines, Cinven et Warburg Pincus ont par exemple soldé leur présence au capital du câblo-opérateur néerlandais Ziggo.
Ces ventes de blocs peuvent également permettre aux groupes européens d’améliorer leur profil financier sans avoir besoin de recourir à une augmentation de capital classique. D’autant que la méthode de placement accélérée (accelerated book building, ABB) «répond bien à l’incertitude et à la volatilité avec lesquelles vit la Bourse depuis plusieurs trimestres», avance Benoît Bout, responsable de l’activité «equity linked» chez CA CIB: «cela permet au vendeur de limiter au maximum, à quelques heures seulement, son exposition au risque de marché».
Pour cette raison, l’ABB peut, dans certaines limites de taille, être utilisé pour une augmentation de capital sans droit préférentiel de souscription (DPS). Un phénomène qui contribue à la faiblesse du montant des augmentations de capital classiques, avec DPS. Seulement 3,3 milliards de dollars ont été levés sous cette forme depuis le début de l’année en Europe, le plus faible montant jamais enregistré depuis 1997, rappelle Dealogic.
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