Les tensions sur la dette française touchent par ricochet le financement des industriels

A l’image du marché souverain, les groupes allemands bénéficient depuis quelques semaines d’un net avantage obligataire sur leurs grands concurrents
Olivier Pinaud

Comme le montre l’exemple d’Auchan, ou celui de Vivendi qui a émis hier 1 milliard d’euros (500 millions à 4 ans avec un coupon de 3,87% et 500 millions à 7 ans avec un coupon de 4,875%), la dette des grands émetteurs français continue d’attirer les investisseurs. Vallourec, pour une émission inaugurale, devrait également se présenter sur le marché ces prochains jours.

Pourtant, les tensions sur la dette souveraine française commencent à faire tache d’huile sur le marché obligataire des groupes industriels français. L’écart de rendement entre leurs titres et ceux émis par leurs concurrents allemands s’est fortement creusé. Sensible depuis plusieurs semaines, la dérive s’est amplifiée ces derniers jours parallèlement à celle de la dette de la France.

Hier, le «spread» sur les obligations France Télécom d’échéance 2022 (3,375%) est monté juste au-dessus des 140 points de base (pb) quand celui de Deutsche Telekom restait stable à 120 pb. Début octobre, le rapport de force entre les deux opérateurs de télécoms était totalement inverse, le «spread» du français évoluant autour de 120 pb et celui de l’allemand au-delà des 160 pb.

«Cette différence de spreads en faveur de l’opérateur allemand est d’autant plus étonnante que la vente de T-Mobile USA à ATT semble rencontrer de sérieuses difficultés en matière de maintien de la concurrence, indiquent les analystes crédit d’Aurel Etc Pollak. Or, cette vente est la raison principale des perspectives et de la surveillance positive que portent les deux agences de notation sur les notes de Deutsche Telekom». Seule la crise de la dette française peut donc expliquer ce brusque écartement.

Les grands groupes allemands ne vont pas s’en plaindre. Au contraire. «L’écart concurrentiel entre les constructeurs allemands et les constructeurs européens hors Allemagne (Fiat, Peugeot, Renault) se creusera rapidement, grâce au différentiel dans le coût du refinancement», avance par exemple la recherche de Tullett Prebon.

Ces analystes vont même jusqu’à penser que «l’Allemagne semble profiter de la crise pour renforcer sa compétitivité industrielle en laissant le plus longtemps possible les taux italiens à des niveaux élevés. L’Allemagne a donc probablement un intérêt à ne pas trop soutenir ses voisins en difficultés pour maintenir l’écart en compétitivité».

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