Les prédateurs américains soutiennent la fièvre du marché européen des M&A
Le marché européen des fusions-acquisitions s’anime cette année «de façon assez spectaculaire, avec une accélération ces deux derniers mois», se félicite Philippe Lecoq, coresponsable de la gestion actions européennes chez Edmond de Rothschild Asset Management. Le gérant souligne qu’il s’agit du meilleur début d’année depuis 2007, dans un contexte durable de croissance économique et de taux d’intérêt faibles. Le volume d’opérations annoncées visant des sociétés européennes s’élève au 2 juin à 381 milliards de dollars. Un chiffre en hausse de 75% ne tenant pas compte de l’offensive de 111 milliards de Pfizer sur AstraZeneca, pour l’heure abandonnée.
Mais le prédateur américain pourrait bien revenir à la charge. Une persévérance, qui, au-delà d’une certaine logique industrielle animant le marché des M&A, trahit un élément parallèle important de soutien à l’ébullition: la motivation fiscale des groupes américains. Si ces derniers sont certes soumis à la tentation de cours boursiers représentant 1,8 fois l’actif net contre un multiple de 2,5 pour les actions américaines, Edmond de Rothschild AM met en avant une trésorerie pléthorique, atteignant 1.530 milliards de dollars au bilan des sociétés du S&P500.
Et face au spectre d’une taxation à 35% de la part de cette manne accumulée en Europe en cas de rapatriement, les groupes sont incités «à (y) investir cet argent (…) et ce en dépit d’un euro fort», selon la société de gestion, voire d’y implanter leur siège. Le Royaume-Uni, où le taux d’imposition «baisse de façon continue et avoisinera 20% en 2015», apparaît comme une destination de choix. Philippe Lecoq cite IBM, Oracle, Procter & Gamble ou encore ExxonMobil comme éventuels prochains prétendants. Hier encore, des rumeurs ont prêté au fabricant d’équipement médical américain Medtronics des visées sur son concurrent britannique Smith & Nephew.
Ils pourraient presser le pas dès cette année, bénéficiant comme le souligne le gérant d’une opportune «fenêtre de tir» alors que la colère monte à Washington face à cette stratégie dite d’«évitement fiscal». Cette dernière pourrait toutefois encore profiter quelque temps de l’opposition entre élus républicains et démocrates quant aux conditions de la refonte fiscale aux Etats-Unis. Un projet de loi déposé le mois dernier visant un moratoire sur les délocalisations fiscales a peu de chances d’aboutir.
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