Les mésaventures du patron de Sistema écornent un peu plus l’image des groupes russes
En pleine crise ukrainienne et à l’heure des sanctions occidentales à l’encontre de Moscou, un nouvel oligarque russe pourrait être envoyé en Sibérie… L’annonce de l’assignation à résidence du milliardaire Vladimir Evtushenkov, président non exécutif et actionnaire à hauteur de 64,2% de la holding russe Sistema – qui possède notamment MTS, le premier opérateur de téléphonie mobile en Russie – a jeté le froid dans les milieux d’affaires de Moscou.
Vladimir Evtushenkov – dont la fortune estimée par Forbes est passée de 7 milliards de dollars à 4,5 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) après la chute hier de plus de 38% du titre Sistema à Londres – fait l’objet d’une enquête pour soupçons de blanchiment lors de l’acquisition de titres de la compagnie pétrolière Bashneft. Il risquerait jusqu’à dix ans de prison. Après avoir ouvert une enquête, la justice russe avait interdit plus tôt dans l’année à Sistema de vendre cette participation.
Dans un communiqué, la direction de Sistema a estimé que «l’acquisition du groupe Bashneft était légale et transparente. La société coopère pleinement avec l’enquête et a l’intention d’utiliser tous les moyens légaux pour défendre sa position». En avril 2009, Sistema s’était renforcé au capital de Bashneft pour 2,5 milliards de dollars en numéraire. Et en novembre suivant, il avait lancé une offre sur les minoritaires.
Cette affaire n’est pas sans rappeler celle de l’emblématique patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, qui a passé dix ans dans les prisons sibériennes pour escroquerie et évasion fiscale avant d’être gracié par le président Poutine en décembre dernier, et aujourd’hui réfugié en Suisse. C’est ce que s’est empressé de déclarer Alexander Shokhin, le patron des industriels russes. «C’est un nouveau Ioukos, cela ressemble à un raid en faveur d’un groupe pétrolier public», ajoute un gérant russe.
Pour sa part, Mikhaïl Khodorkovski a déclaré au quotidien financier russe Vedomosti que cette assignation à résidence s’expliquait par l’intérêt du groupe Rosneft pour Bashneft. D’autant qu’Igor Setchine, le patron de Rosneft, est un proche de Vladimir Poutine. Naturellement, Rosneft, qui a racheté en 2004 la principale filiale de Ioukos, a déclaré ne pas être intéressé par Bashneft et a vivement démenti ces allégations, tandis que le porte-parole du Kremlin les a qualifiées d’«absurdes».
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