Les investisseurs plébiscitent l’émission de dette géante d’AbbVie
Plus c’est gros, plus ça passe. AbbVie a fait mentir les oiseaux de mauvais augure qui craignaient une saturation du marché obligataire: dans l’obligation de financer l’acquisition de Pharmacyclics pour 21 milliards de dollars, le laboratoire américain a émis hier 16,7 milliards de dollars de titres de dette. Il n’a éprouvé aucune difficulté à trouver preneur: la demande aurait atteint 60 milliards de dollars, voire, selon certaines sources de marché, dépassé les 65 milliards.
AbbVie a profité de cette demande: si les teneurs de livre (Bank of America Merrill Lynch, Barclays, Deutsche Bank et Morgan Stanley) ont démarré avec des prix d’environ 20 points de base (pb) supérieurs aux transactions comparables, ils sont parvenus à baisser les marges de 15 à 20 pb sous les prix initiaux.
AbbVie a émis au total six tranches. La première à 3 ans, de trois milliards de dollars, est ressortie à 85 pb au-dessus du rendement des bons du Trésor de même maturité, tandis que la tranche à 5 ans (3,75 milliards de dollars) offre un écart de 105 pb. Le milliard de dollars à 7 ans est ressorti à +130 pb, la tranche à 10 ans (3,75 milliards) à +145 pb, la tranche à 20 ans (2,5 milliards) à +165 pb et la dernière à 30 ans (2,7 milliards) à +180 pb.
Le groupe rejoint ainsi la liste des émetteurs dont les opérations resteront dans les annales. AbbVie peut s’enorgueillir d’avoir réalisé la sixième émission la plus importante de l’histoire pour une entreprise non financière (ou «corporate») et la troisième depuis le début de l’année: Actavis a émis 21 milliards de dollars début mars, attirant une demande supérieure à 90 milliards, tandis que AT&T a emprunté 17,5 milliards de dollars, pour une demande de 65 milliards. Fin avril, Oracle avait levé 10 milliards de dollars.
Au regard de telles sursouscriptions, la demande pour ces opérations dites «jumbo», réalisées par des grands noms de la Bourse, ne se tarit pas, en dépit d’un pipeline d’émissions évalué entre 130 et 140 milliards de dollars pour le seul mois de mai. En dehors du fait que les signatures soient de bonne qualité, ces émissions ont été réalisées pour tout ou partie dans l’objectif de financer des acquisitions, déjà réalisées (pour Actavis ou AbbVie) ou à venir (dans le cas d’Oracle).
Mais une fois émis, les titres ne garantissent pas un parcours séduisant. En mai, les rendements moyens des obligations d’émetteurs américains investment grade sont négatifs, à -0,66%, selon Barclays.
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