Les industriels du Sud de l’Europe font les frais de la crise de la dette

Telefonica et Enel ont profité de la réouveture du marché obligataire mais doivent s’acquitter de spreads 3 à 6 plus élevés que leurs comparables
Olivier Pinaud

Après un mois d’août particulièrement animé avec 19 milliards d’euros d’émissions en Europe, tous secteurs confondus, soit quasiment trois fois plus que la moyenne pour une période de l’année traditionnellement creuse, le marché obligataire a également débuté le mois de septembre sur les chapeaux de roues. De nombreux émetteurs industriels ont profité des anticipations des investisseurs sur une intervention de la Banque centrale européenne pour consolider leur programme de financement.

Pour la seule journée de mercredi, veille de la réunion de la BCE, 5,6 milliards d’euros ont été émis par les «corporates», soit, comme le soulignent les analystes crédit de CM-CIC, «le plus important volume d’émission journalier de l’année sur ce segment» en Europe. Il faut remonter à mars 2010 pour retrouver une telle activité.

Même les groupes du Sud de l’Europe, dont l’accès au marché s’était refermé ces derniers mois en raison des tensions sur la dette souveraine, ont fait leur réapparition. L’opérateur de télécoms espagnol Telefonica et l’électricien italien Enel ont levé respectivement 750 millions et 1 milliard d’euros d’obligations. La dernière émission d’un corporate espagnol remontait à mars 2012 avec le groupe d’énergie Iberdrola.

Pour autant, ce retour sur le marché des émetteurs du Sud de l’Europe se fait dans des conditions financières nettement plus chères que celles accordées à leurs homologues des pays dits «cœur», Allemagne, France et pays nordiques. Alors que Telefonica plaçait mercredi ses obligations à 5 ans avec un spread de 485 points de base par rapport aux taux mid-swap, France Telecom émettait le même jour à 10,5 ans avec un spread de 80 pb, soit un écart de 400 pb entre les deux émetteurs. Même comparaison défavorable pour Enel vis-à-vis d’EDF: le premier a payé un spread de 360 pb, trois fois plus élevé que celui d’EDF.

Cet écart de financement donne un avantage concurrentiel indéniable aux groupes allemands, français ou britanniques par rapport à leurs comparables espagnols ou italiens, d’autant qu’il dure depuis plusieurs mois déjà. En seulement six mois, le coût effectif de la dette totale de Telefonica est passé de 5,22% à 5,82%, alors que le coût moyen supporté par France Telecom pour se financer sur le marché obligataire au cours des douze derniers mois n’est que de 3,8%.

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