Les groupes numériques sont au pied du mur pour leur empreinte carbone
L’initiative prise lundi par le patron d’Amazon pour lutter contre le changement climatique vise à contrer les reproches de plus en plus souvent adressés aux grands groupes numériques sur leur empreinte carbone. Jeff Bezos a annoncé la création d’un fonds pour la Terre, en précisant qu’il le doterait dans une première étape de 10 milliards de dollars à titre personnel. Cette somme représente 7,7% de sa fortune, estimée à 130 milliards de dollars par Forbes. Les premières subventions seront octroyées cet été. Cette annonce intervient trois semaines après les critiques émises par 300 employés d’Amazon contre leur groupe, portant notamment sur sa politique environnementale.
Si les Gafam (Google/Alphabet, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ont contribué à réduire l’utilisation de papier, leur consommation énergétique constitue une menace pour la planète. La société de conseil Fabernovel, qui présentait hier son rapport trimestriel «Gafanomics» soulignait que «le numérique représente aujourd’hui 4% des émissions de gaz à effet de serre contre 2,8% pour le trafic aérien». L’envoi d’un courrier électronique d’un mégaoctet correspond ainsi à la consommation d’une ampoule de 60 watts durant 25 minutes.
Les mesures prises en la matière par ces sociétés sont encore loin d’être homogènes. Microsoft semble le plus innovant en ayant récemment présenté un plan visant une empreinte carbone négative à l’horizon 2030. Cet objectif est calculé sur toute sa chaîne de valeur et sans recours aux mécanismes de compensation habituels. Il prévoit donc de retirer autant de dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’atmosphère qu’il en émettra directement ou indirectement. Le «Supplier Clean Energy Program» d’Apple a été ratifié par 44 fournisseurs qui s’engagent à lui livrer des produits entièrement fabriqués grâce à des sources renouvelables. Ces fournisseurs devront surmonter les difficultés posées par une production électrique intermittente et fortement décentralisée. Amazon a fait savoir en septembre qu’il atteindrait la neutralité carbone en 2040, avec dix ans d’avance sur les engagements de l’Accord de Paris.
Ces grandes entreprises disposent de moyens financiers conséquents qui leur permettraient d’agir rapidement. En 2019, les Gafamont généré un flux net de trésorerie cumulé de 72 milliards de dollars, alors que l’agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) n’affiche qu’un budget annuel moyen de 8 milliards depuis 2001...
Mais le principal frein réside dans leur modèle économique. En tant que plates-formes, elles ont intérêt à faire progresser leur création de valeur en augmentant leur part de marché et les revenus générés par chaque client, ce qui n’incite pas à la sobriété dans la consommation des outils numériques. Une minute sur internet en 2019 représente 4,5 millions de vidéos vues sur YouTube ou 41,6 millions de messages envoyés sur WhatsApp et Messenger, contre moins de 700.000 dans les deux cas en 2009.
Les entreprises de la nouvelle économie doivent également répondre aux «injonctions contradictoires grandissantes» de leurs parties prenantes, relève le cabinet de conseil. Les investisseurs exigent de la rentabilité financière à court terme conjuguée à des critères de responsabilité environnementale et sociale de plus en plus stricts. Les salariés souhaitent une prise de conscience plus aiguë des enjeux climatiques de la part de leur employeur mais sans être prêts à revoir leur niveau de vie. De leur côté, les consommateurs veulent s’engager dans des habitudes de consommation plus responsables sans remettre en cause leur dépendance aux écrans.
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