Les électeurs suisses refusent de plafonner les salaires des dirigeants

Les détracteurs de l’initiative 1:12, qui avaient souligné les risques potentiels pour la compétitivité de l'économie suisse, l’ont emporté
Antoine Duroyon

Un refus clair et net. 65% des votants ont rejeté dimanche en Suisse l’initiative déposée par les Jeunes socialistes pour limiter l'écart entre les salaires. Baptisée «1:12 - Pour des salaires équitables», elle proposait donc que le salaire plus élevé dans une entreprise ne puisse pas dépasser de douze fois le salaire le plus faible. La votation, qui portait également sur une hausse de la vignette autoroutière et sur des aides fiscales pour les familles (deux textes également rejetés), a mobilisé les foules. Le taux de participation s’est élevé à 53,6%, le meilleur score enregistré depuis trois ans.

Alors que l’initiative 1:12 bénéficiait au départ d’un fort capital de sympathie, le soutien s’est érodé au fil du temps. Plusieurs figures de l'économie suisse, tels que le patron de Roche, Severin Schwan, sont montés au créneau pour fustiger un texte néfaste pour la compétitivité de la place helvétique. «Le peuple suisse a dit clairement non à un diktat de l’Etat sur les salaires», s’est félicitée dimanche soir l’Union patronale suisse. Des cantons tels que Genève, Bâle-Ville ou Neuchâtel, plutôt ouverts aux propositions de la gauche, ont également rejeté le texte. Dans le canton du Tessin, il a manqué 2.100 voix pour que le texte soit adopté (51% de non). A l’inverse, le canton de Zoug, qui accueille nombre de dirigeants, l’a rejeté par 77% des voix.

Il y a huit mois, dans le sillage de l’affaire Vasella - du nom de l’ancien patron de Novartis parti avec 72 millions de francs (60 millions d’euros) d’indemnités - les Suisses s'étaient déjà attaqués au sujet des rémunérations abusives en approuvant l’initiative Minder. Celle-ci, qui entrera en vigueur le 1er janvier prochain, a pour finalité de donner un pouvoir renforcé en la matière aux actionnaires et d’interdire les parachutes dorés. Mais le texte de l’ordonnance publié la semaine dernière par le Conseil fédéral a déçu par ses exceptions.

Les défenseurs de l’initiative 1:12, qui avaient souligné le fait que leur proposition n’aurait affecté que 0,3% de la totalité des entreprises suisses et 3.400 dirigeants, n’entendent pas baisser les bras. Ils ont d’ores et déjà lancé, par le biais de l’Union syndicale, une initiative exigeant un salaire minimum de 4000 francs par mois. Les débats devraient, là encore, être très animés.

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