Les économies forment la clé de voûte de l’offre de Numericable-SFR
En se lançant à l’assaut de Bouygues Telecom, Patrick Drahi emploie la recette qui lui a si bien réussi jusqu’à présent: de la dette à forte dose et des réductions de coûts drastiques pour pouvoir la rembourser. Selon les analystes de Deutsche Bank, en estimant le montant des économies, appelées pudiquement synergies, à 9% des coûts d’exploitation combinés, une proportion habituelle lors d’opérations de rapprochement dans les télécoms, cela représenterait 1 milliard d’euros par an. L’an dernier, Bouygues avait justement chiffré à 1 milliard d’euros le montant des synergies annuelles qu’il aurait générées en mettant la main sur SFR.
Comme Numericable est en train de le faire chez SFR, à un rythme annuel de 800 millions d’euros, de nombreux postes de dépenses en double pourraient être supprimés: marketing, service client, distribution, informatique… Les investissements pourraient également être rationalisés. «Le ratio d’investissement pourrait passer de 15% du chiffre d’affaires en 2015 à 10% en 2019», indique ING.
Le rapprochement entre Numericable-SFR et Bouygues Telecom créerait ainsi 16,7 milliards d’euros de valeur actualisée, calcule Deutsche Bank. De quoi justifier le prix offert à Bouygues pour sa filiale, à 14 fois l’Ebitda, très largement au-dessus des standards du secteur, plus proches de 8 fois. Compte tenu des synergies attendues, «l’opération serait créatrice de valeur pour Numericable-SFR jusqu’à 14,5 milliards d’euros», appuient les analystes de Kepler Cheuvreux.
Efficace sur le papier, l’exercice reste périlleux à réaliser. La compression des coûts permet une amélioration rapide des marges. Au premier trimestre 2015, période qui marque la véritable prise de contrôle des équipes de Numericable sur SFR, l’Ebitda de l’opérateur a bondi de 21%. Mais ces économies se sont faites au détriment de la qualité du service et des clients. En trois mois, l’opérateur a perdu 444.000 abonnés dans la téléphonie mobile et 57.000 dans l’ADSL.
«A court terme, Numericable-SFR pourrait justifier le prix par de plus grandes synergies, mais à plus long terme, le risque de pertes de marché dans le mobile au profit d’Iliad pourrait se matérialiser», préviennent les analystes d’Exane BNP Paribas. Avec la menace ultime que les réductions de coûts ne soient plus suffisantes pour couvrir confortablement à la fois les charges financières et l’érosion de la base de clients.
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