Les difficultés de l’automobile poussent les constructeurs européens à restructurer
L’année 2019 aura démarré sous de bien mauvais auspices pour l’industrie automobile. Conséquences d’un exercice 2018 marqué par la baisse du marché automobile chinois (le premier au monde), la désaffection pour le diesel, la mise en place des nouvelles normes d’homologations WLTP et l’incertitude entourant le Brexit, les premières restructurations apparaissent : Ford et le Jaguar Land Rover (JLR) ont annoncé hier des réorganisations massives.
Le constructeur américain a annoncé une «stratégie de transformation complète» de ses activités en Europe. «A court terme, Ford accélère les actions de redressement et réduit ses coûts structurels. Parallèlement, la refonte comprendra des modifications dans le portefeuille de modèles de Ford, pour étendre les offres et les volumes dans les segments de véhicules où il est le plus rentable, tandis qu’il améliorera ou arrêtera les lignes moins rentables et qu’il se penchera sur les marchés sous-performants», indique le groupe dans un communiqué.
Abandon des monospaces chez Ford
Ford Europe va en conséquence simplifier ses gammes pour privilégier les plus rentables. Il se structurera en trois directions orientées vers le client : véhicules utilitaires, véhicules particuliers et importations. La fabrication de monospaces comme de petits moteurs diesel pour modèles compacts sera vraisemblablement abandonnée, tandis que l’avenir des activités russes sera étudié, a indiqué en conférence Steven Armstrong, responsable de la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique de Ford – qui, selon Reuters, devrait par ailleurs annoncer la semaine prochaine, au salon automobile de Detroit, l’élargissement de son alliance avec Volkswagen au-delà des utilitaires.
Alors que Ford Europe a affiché une perte d’exploitation de 245 millions d’euros au troisième trimestre 2018 (soit une marge négative de 3,3%), il se fixe désormais un objectif de 6% de marge «à long terme». Chacune des trois directions devra en outre affirmer un rendement des fonds propres positif.
A court terme, les mesures d’économie passeront par des réductions d’effectifs. «L’amélioration de la structure de coûts sera alimentée par la réduction de la main d’œuvre excédentaire à travers toutes les fonctions – salariées comme rémunérées à l’heure. […] Autant que possible, Ford a l’intention d’atteindre ses réductions de coûts à travers les départs volontaires en Europe», poursuit le constructeur. Aucun objectif n’a été communiqué, alors que le groupe a déjà annoncé l’arrêt de la production de l’usine girondine de Blanquefort (qui emploie 850 personnes) en août prochain. Mais Steven Armstrong a précisé que les départs se chiffreraient en milliers. L’analyste Adam Jonas, chez Morgan Stanley, estime que Ford Europe aura besoin de réduire sa production et ses effectifs de 20 à 30%. Ford Europe emploie 53.000 personnes.
Un Brexit dur serait catastrophique pour Jaguar Land Rover
Moins présent sur le continent européen, Jaguar Land Rover (JLR) a également annoncé hier des suppressions d’environ 4.500 postes, essentiellement au Royaume-Uni, où il emploie plus de 40.000 personnes. Il blâme le ralentissement du marché en Chine et un plongeon dans la demande de véhicules diesel, qui ont fait chuter ses immatriculations de 4,6% en 2018, à 593.000 unités, a-t-il annoncé hier. Au premier semestre (clos le 30 septembre) de son exercice fiscal 2018-19, le constructeur affichait une perte nette de 354 millions de livres.
Ce flot de mauvaises nouvelles pourrait ne pas refluer sur l’Europe. Ford a précisé que son plan n’intégrait pas l’éventualité d’un Brexit «dur» (sans accord avec l’Union européenne), auquel cas de nouvelles mesures pourraient être décidées. Pour JLR, une telle éventualité paraît encore plus catastrophique, le groupe, détenu par l’indien Tata Motors, réalisant la majorité de sa production outre-Manche.
Qui plus est, l’automobile européenne vit toujours sous la menace de la politique commerciale américaine du président Donald Trump, qui a déjà menacé de taxer les importations de voitures européennes. Maintenant que le conflit avec la Chine est en cours de résolution, le secteur automobile se retrouve en première ligne alors que Washington veut résoudre le problème du déficit commercial des Etats-Unis, a prévenu Philippe Ithurbide, directeur de la recherche du gestionnaire d’actifs, à l’occasion de la présentation des perspectives 2019 d’Amundi hier.
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