Les Bourses sont minées par le phénomène de réduction du capital
Profitant de conditions de crédit favorables, les groupes cotés s’endettent pour racheter leurs actions. La capitalisation des marchés s’atrophie
Publié le
Olivier Pinaud
La cloche Euronext. Photo: PHB/Agefi
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La lutte entre dette et fonds propres tourne clairement à l’avantage de la première. Sensible depuis plusieurs années déjà, le phénomène de réduction du capital («de-equitisation» en anglais) s’est amplifié en 2011. Et il pourrait encore perdurer cette année alors que le coût de la dette reste pour beaucoup d’entreprises inférieur au rendement du capital.
Fin 2011, selon Citigroup, l’écart entre le rendement des dividendes des grands groupes européens et celui des obligations allemandes s’élevait à 170 points de base après un pic à plus de 200 pb quelques mois auparavant, poussant clairement au «carry trade».
Dans ce contexte, depuis le début de l’année, neuf sociétés ont déjà quitté la Bourse de Paris, dont six après une opération de rachat, représentant une capitalisation boursière cumulée de 1,7 milliard d’euros. Avant-hier, Vinci a allongé la liste en annonçant une offre d’achat sur sa filiale Entrepose Contracting, dont la capitalisation s’élève à 514 millions d’euros. En face, cinq nouvelles entreprises ont rejoint la Bourse depuis le 1er janvier, dont une sur Alternext, pour un montant levé de 180 millions d’euros et un ajout de capitalisation de 617 millions d’euros.
Quelques jours auparavant, dans une autre forme de «de-equitisation», Havas a lancé une offre publique de rachat d’actions (OPRA) sur 12% de son capital pour un montant de 253 millions d’euros. L’an dernier, Bouygues s’était endetté pour racheter et annuler 1,25 milliard d’euros, la plus grosse OPRA jamais lancée en France. Aux Etats-Unis, le phénomène est encore plus sensible. Alors que les fonds de pension vendent les actions, avec un flux négatif cumulé de 129 milliards de dollars en 2011 selon Investment Company Institute, les entreprises américaines continuent de racheter leurs actions à tour de bras: 409 milliards de dollars pour le S&P 500, soit 36,9% de plus qu’en 2010.
Cette «de-equitisation» se ressent logiquement sur le nombre d’entreprises cotées. Euronext (Paris, Bruxelles, Amsterdam, Lisbonne) en comptait 1.484 en 2002, et encore 1.155 fin 2007. Fin mars 2012, leur nombre est tombé à 926. Il se perçoit aussi dans la capitalisation globale du marché. Celle de la Bourse de Paris s’élevait à 1.313 milliards d’euros fin mars 2012, contre 1.995 milliards fin 2009, dont plus de 130 milliards d’euros attribuables à des retraits de la cote.
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