Les Big Tech plient face aux vents contraires
Les géants de la tech souffrent à leur tour de vents contraires. Tous subissent l’impact de l’inflation, de la prudence des ménages dans leurs dépenses, des problèmes d’approvisionnement, et des effets secondaires de la guerre en Ukraine. Sans compter la diminution de la généralisation du télétravail, qui, pendant la pandémie, avait fait bondir la demande pour leurs services – et leur valorisation boursière.
Lors de la publication de leurs résultats trimestriels, jeudi, Amazon, Apple et Intel ont dû inclure cette donne, dégradant même leurs prévisions de résultats.
Amazon : l’effet hausse des prix du carburant
Le numéro un mondial du e-commerce Amazon est déjà marqué au fer par ces aléas. Il a publié jeudi dernier des résultats trimestriels inférieurs aux attentes et présenté des prévisions jugées décevantes. Le numéro un mondial du e-commerce a évoqué plusieurs facteurs : au premier chef une hausse de ses coûts, la hausse des prix du carburant rendant les livraisons plus coûteuses. S’y ajoutent des pénuries de main-d'œuvre, et l’obligation pour Amazon d’offrir des conditions salariales avantageuses afin d’attirer de nouvelles recrues sur fond de tensions sur le marché. C’est dans ce contexte que la firme de Seattle a été contrainte d’avaliser son premier syndicat, sur un de ses entrepôts à New York.
Autre facteur, la flambée de l’inflation, qui incite les consommateurs à la prudence dans leurs dépenses. Aux Etats-Unis, les prix à la consommation ont poursuivi leur ascension en mars, progressant de 6,6% sur un an, selon l’indice d’inflation PCE, publié vendredi par le département du Commerce.
Résultat, la firme de Seattle a essuyé une perte nette de 3,8 milliards de dollars (3,60 milliards d’euros) au premier trimestre, soit 7,56 dollars par action. Encore portée par la pandémie, qui avait profité aux valeurs technologiques, elle affichait il y a un an un profit de 8,1 milliards de dollars (15,79 dollars par action). Les comptes ont aussi souffert d’une moins-value avant impôt de 7,6 milliards de dollars liée à sa participation dans le constructeur de voitures électriques Rivian Automotive, dont le titre a chuté.
Et Amazon anticipe déjà une possible perte d’exploitation allant jusqu'à 1 milliard de dollars sur le trimestre actuel. Il pourrait engranger un bénéfice d’exploitation de 3 milliards de dollars sur la période – ce qui est bien en-deçà des 7,7 milliards de dollars enregistrés sur la même période l’an dernier. Il s’attend aussi à enregistrer des ventes nettes comprises entre 116 milliards et 121 milliards de dollars au deuxième trimestre. Les analystes anticipent 125,48 milliards de dollars de pertes, selon les données IBES de Refinitiv.
Résultat, Goldman Sachs, tout en maintenant sa recommandation positive, a pourtant modifié son objectif de cours à la baisse, vendredi, de 4.000 dollars à 3.700 dollars. De même, Jefferies a aussi revu son objectif de cours à la baisse à 3.700 dollars.
Difficultés d’approvisionnement pour Apple et Intel
Apple, lui aussi, doit répercuter les problèmes d’approvisionnement et l’inflation dans ses prévisions. Autre facteur aggravant pour lui, les très sévères mesures de confinement actuelles en Chine, marché dont il est dépendant – un marché à 18,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour ce premier trimestre, soit près de la moitié du marché américain (40 milliards de dollars). Le concepteur de l’iPhone anticipe déjà que son exercice fiscal actuel sera lourdement amputé en raison de ces facteurs. «Nous nous attendons à ce que ces contraintes soient de l’ordre de 4 à 8 milliards de dollars, ce qui est nettement plus important que ce que nous avons connu au cours du premier trimestre», a souligné jeudi le directeur financier d’Apple, Luca Maestri.
De quoi ternir son bon bilan pour le premier trimestre : un chiffre d’affaires trimestriels de 97,3 milliards de dollars, en hausse de 8,6% sur un an, et un bénéfice trimestriel de 25 milliards de dollars (+6%), tous supérieurs au consensus. Apple a aussi annoncé qu’il relevait de 5% son dividende.
Le numéro deux mondial des semi-conducteurs, Intel, craint lui aussi le pire avec ces mêmes facteurs. Il subit déjà l’effet d’un ralentissement des ventes de PC : il a fait état jeudi d’une baisse de près de 7% de son chiffre d’affaires au premier trimestre, à 18,35 milliards de dollars. La division de puces pour PC a vu ses ventes chuter de 13% sur la période, à 9,3 milliards de dollars.
Pire, son directeur général Pat Gelsinger s’attend à ce que les pénuries de microprocesseurs persistent dans les prochaines années. «Nous pensons désormais que la pénurie durera jusqu’en 2024», a déclaré le dirigeant. Ces difficultés ne remettront pas en cause les efforts d’Intel pour augmenter sa production à travers des investissement dans de nouveaux sites de production, a-t-il ajouté.
Sans surprise, tous ont été sanctionnés en Bourse vendredi. Amazon chutait de 13% en journée, pour clôturer à 2.486,63 dollars (-14,05%). La baisse était moins marquée pour Apple, à -3,66%. Intel reculait pour sa part de 6,94%. Alphabet (Google) et Microsoft, dont les trimestriels ont pourtant été portés par leur florissante activité autour du stockage de données dématérialisées (cloud), perdaient l’un et l’autre quelque 4%. Conséquence, le Nasdaq, à forte coloration technologique, s’acheminait vers sa pire performance mensuelle depuis novembre 2008 avec une baisse de 10,2%.
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