Lendemains de fête
Baromètre de la confiance des dirigeants d’entreprise, les fusions-acquisitions consacrent le retour au premier plan de l’Europe. Le continent s’est replacé l’an dernier au centre des grandes manœuvres mondiales, comme le montre le classement exclusif de L’Agefi basé sur les transactions effectivement bouclées (lire notre Dossier page 20). Le millésime 2018 s’y annonce tout aussi prometteur par le volume des opérations engagées. La diète imposée par Pékin à certains de ses conglomérats et l’hostilité de l’administration Trump aux concentrations trop voyantes ne sont pas seules en cause. Ce regain de forme relatif, l’Europe le doit avant tout au facteur politique. La perception du risque populiste, si pesante il y a un an, s’est effacée devant les discours plus favorables aux consolidations paneuropéennes. C’est particulièrement vrai en France, où la remise en ordre des participations de l’Etat vaudra aussi cette année quelques nuits blanches aux banquiers conseils. La volonté de constituer des champions à l’échelle du continent, capables d’affronter la concurrence des géants chinois et les conséquences de la politique « America First », devrait encore servir d’aiguillon au mouvement.
Comme la dette n’a jamais été aussi bon marché et que les actionnaires des entreprises, ragaillardis par de belles années boursières, semblent disposés à financer leur part des grands projets de croissance externe, toutes les conditions sont donc réunies... pour alimenter les excès. La Banque de France l’a opportunément rappelé avant la trêve des confiseurs, les montants de levier et de survaleurs se reconstituent rapidement dans les bilans des grands groupes et justifient une vigilance accrue. Le Conseil européen du risque systémique pourrait se saisir du sujet à son niveau dans les mois qui viennent. Les professionnels du M&A le reconnaissent eux-mêmes sotto voce : parce que tous les actifs sont chers et que les masses de capitaux à déployer ne cessent d’enfler, les valeurs d’entreprise atteignent des niveaux inquiétants dans la plupart des compartiments du marché. Les pratiques du private equity sont directement visées, alors que ce dernier achève tout juste de purger les rachats à effet de levier à problème montés avant la grande crise financière.
Si l’exercice écoulé marque une légère inflexion par rapport aux deux précédents en termes de volumes d’opérations, le dernier trimestre s’est révélé le plus actif. Or, à chaque pic de transactions passé a correspondu un deal emblématique de la bulle de l’époque – et catastrophique pour ses initiateurs : la fusion AOL Time Warner en 2000, le dépeçage d’ABN Amro en 2007. Souhaitons que ni 2017 ni l’année qui s’ouvre n’entrent dans l’histoire des fusions-acquisitions pour de mauvaises raisons.
L’Agefi Hebdo souhaite une excellente année 2018 à ses lecteurs.
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