L'échec de l’OPA d’UPS place TNT Express dans une situation incertaine
United Parcel Service (UPS) jette l’éponge. Le groupe américain, numéro un mondial de la messagerie rapide, ne mettra finalement pas la main sur son concurrent néerlandais TNT Express. L’offre amicale de 5,2 milliards d’euros, dévoilée il y a près d’un an, ne devrait en effet pas recevoir l’indispensable approbation de la Commission européenne.
Alors que cette dernière doit toujours rendre formellement sa décision d’ici le 5 février, les deux groupes ont pris les devants hier en indiquant avoir perdu tout espoir, Bruxelles leur ayant confié lors d’une réunion vendredi qu’une issue défavorable était inévitable. UPS renonce donc au projet et versera comme convenu une indemnité de 200 millions d’euros à sa proie, dont le cours a cédé hier 41,3% à Amsterdam à 4,84 euros. Le cours de clôture de vendredi à 8,245 euros contre une offre envisagée à 9,50 euros trahissait déjà les doutes du marché sur la bonne fin de l’opération.
Comme elle l’avait fait l’an passé dans le domaine boursier en bloquant le mariage de Nyse Euronext et de Deutsche Börse, la Commission européenne réduit ainsi à néant les espoirs de naissance d’un nouveau géant de la messagerie express, à l’issue d’une revue détaillée entamée en mars dernier. Bruxelles ne veut pas accepter la disparition d’un acteur de poids qui aurait à ses yeux un impact regrettable sur la concurrence. TNT Express est aujourd’hui le numéro deux européen du secteur, l’union avortée devant permettre au nouvel ensemble de faire jeu égal avec DHL, filiale de Deutsche Post. UPS et TNT Express ont tenté de faire plier Bruxelles en faisant des concessions fin 2012 passant par des cessions d’actifs et des garanties de partage du réseau aérien, notamment en Europe de l’Est. L’autre géant américain du secteur, FedEx, qui aurait refusé de prendre part à cette braderie, s’est refusé à commenter l’échec de l’union entre TNT Express et UPS.
Si le PDG de ce dernier, Scott Davis, s’est désolé de la position de Bruxelles face à un projet susceptible de «bouleverser le secteur de la logistique», il a clamé que la santé financière de son groupe lui permettait de rester à l’affût d’opportunités. TNT Express de son côté a promis une mise à jour de sa stratégie dès que possible. Andre Mulder chez Kepler Capital s’attend à des décisions douloureuses notamment hors d’Europe, passant par une nécessaire cession d’une activité chinoise trop petite.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse