Le salut de Sodexo passera inévitablement par l’Amérique du Nord
Denis Machuel ne s’attendait probablement pas à un baptême du feu aussi ardent. Pour sa première intervention devant les analystes, le nouveau directeur général de Sodexo s’est efforcé de rassurer le marché hier, après un nouvel avertissement sur résultats. Sodexo a divisé par plus deux sa fourchette de prévision de croissance interne pour l’exercice 2017-2018 et revu sa prévision de taux de marge d’exploitation à 5,7% contre 6,5% auparavant. Le cours de Bourse a dévissé de 15,69% à 81,90 euros. Il est tombé à 80,20 euros au plus bas de la journée.
Le marché s’inquiète de l’absence de visibilité sur une entreprise qui a lancé deux avertissements sur marges en six mois et cinq avertissements sur chiffre d’affaires en un an, souligne Berenberg. Ces analystes jugent que cette nouvelle alerte «pose la question de la capacité de la direction à piloter l’entreprise». Leurs confrères de Bernstein adoptent la même ligne, estimant que cet avertissement «soulève de nombreuses questions» : «Au vu des révisions permanentes des perspectives, nous sommes inquiets quant à la capacité de la direction à évaluer l’opérationnel. Quels projets peuvent être mis en œuvre maintenant plutôt qu’au second semestre 2016-2017, lorsque les problèmes ont commencé à apparaître?».
Déficit de compétitivité
Denis Machuel a beau avoir confirmé les objectifs de moyen terme de son groupe - une croissance annuelle moyenne hors effet de changes entre 4 et 7% - plusieurs analystes les remettent en cause. L’un d’entre eux souligne le message brouillé de la direction, qui a insisté jeudi sur l’importance des contrats locaux et de l’activité restauration de Sodexo «alors qu’ils vantaient un modèle global et multiservices il y a encore quelques mois». «L’important pour la direction est de trouver un bon équilibre entre les contrats multiservices et uniservices ainsi qu’entre global et local», fait valoir auprès de l’agence Agefi-Dow Jones une porte-parole de Sodexo.
Le directeur général a reconnu les faiblesses de son groupe en téléconférence, admettant que Sodexo accusait parfois un déficit de compétitivité et rencontrait des difficultés à gagner de nouveaux contrats. L’entreprise de restauration collective a promis «des plans d’actions immédiats et à moyen terme» pour notamment accroître la contribution des contrats les moins performants, améliorer la productivité et renforcer ses procédures d’approvisionnement.
Sodexo est particulièrement attendu sur son redressement en Amérique du Nord. Les activités Education et Santé dans cette région pèsent pour près d’un tiers du chiffre d’affaires du groupe. L’Amérique du Nord est aussi «la plus grande contributrice au ‘group Ebit’ (résultat opérationnel du groupe, ndlr)», note Najet El Kassir, analyste chez Berenberg. La mauvaise dynamique sur cette région a compté pour beaucoup dans ce nouvel avertissement sur résultats, puisque l’Amérique du Nord a causé à elle seule un recul de 25 points de base de la marge d’exploitation au premier semestre. Les analystes d’Oddo BHF considèrent ainsi que l’alerte «est essentiellement liée» à cette région. Sodexo a admis que les mesures déployées pour gagner en efficacité et améliorer les marges en Amérique du Nord n’avaient pas encore porté leurs fruits.
«Le problème est qu’ils ont connu en Amérique du Nord une vague de pertes de contrats et qu’ils ne sont depuis pas capables d’en renouveler certains ou de gagner suffisamment de nouveaux. Leurs produits ne sont pas dépassés, leurs difficultés doivent donc être davantage dues à une mauvaise approche commerciale des appels d’offres», développe un analyste. «Ce problème était déjà connu et il semble désormais plus profond», ajoute cet intermédiaire financier.
Revue de la structure de coûts
La direction de Sodexo n’a pas communiqué de plan spécifique à l’Amérique du Nord. Toutefois, elle devrait fournir davantage de détails lors de la communication officielle des résultats du premier semestre 2017-2018, le 12 avril prochain. Le groupe va par ailleurs lancer une revue approfondie de sa structure de coûts par région, qui devrait durer 12 à 18 mois. Les plus importantes régions venant en priorité, Sodexo devrait prochainement passer au crible ses activités nord-américaines pour en tirer les conclusions adéquates. Certains analystes s’attendent à ce que le groupe réorganise davantage sa force commerciale dans la région. Une action d’autant plus cruciale que Sodexo anticipe un nouveau recul du chiffre d’affaires en Amérique du Nord au deuxième semestre, même s’il devrait s’avérer moins prononcé que sur les six premiers mois de son exercice décalé.
Décote par rapport à Elior et Compass
Une bonne surprise sur l’activité en Amérique du Nord apporterait un catalyseur à une valeur qui semble autrement promise à un avenir sombre. «On se demande où ils vont. Même sur une valorisation attractive le dossier est ‘dead money’ (investissement sans potentiel, ndlr)», déplore un analyste. Les analystes d’Oddo remarquent pour leur part que la valeur s'échange avec des multiples cours/bénéfices attendus pour 2018 nettement inférieurs à ceux de ses concurrents Compass et Elior. Mais «cela ne devrait pas suffire à supporter la valeur au regard de son bilan face à ses rivaux», ajoutent-ils. Les analystes de Berenberg recommandent de leur côté de vendre Sodexo et d’acheter Compass et Elior.
Arrivé aux commandes il y a à peine deux mois, Denis Machuel semble avoir pris la mesure de la tâche qui l’attend et a fait montre d’un discours volontariste ce jeudi. Mais les détails sur son plan d’action manquent encore. Dans cette optique, les investisseurs guetteront avec attention la date du 12 avril, avec les Etats-Unis en point de mire. Sodexo n’aura alors pas le droit à l’erreur car le groupe de restauration collective a depuis longtemps épuisé la patience du marché.
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