Le rôle du BFR gagne en importance dans la stratégie de financement des entreprises

Une meilleure gestion du cash, génératrice de liquidités, ne supplante pas le besoin d’une diversification des sources de financement
Yves-Marc Le Reour

Si la crise financière de 2008 a incité les entreprises à améliorer la gestion de leur besoin en fonds de roulement (BFR), le défi consiste désormais à pérenniser les progrès réalisés. Lors d’une conférence organisée hier par Premier Cercle, Fabienne Lecorvaisier, directeur finances et contrôle de gestion d’Air Liquide, a souligné que le groupe a mis en place un reporting mondial consolidé de ses flux de trésorerie. Ceci inclut le suivi des 120 premiers clients, certains d’entre eux étant à l’origine de factures «pouvant atteindre 20 à 25 millions d’euros par mois». Air Liquide, qui juge prioritaire d’autofinancer ses investissements, va désormais améliorer sa gestion centralisée de trésorerie (cash pooling), en automatisant les opérations réalisées dans les différentes devises.

«La difficulté principale est de transmettre cette culture du cash aux directions opérationnelles, davantage sensibles aux indicateurs du compte de résultats», estime Gilles-Alain Soathan, directeur financier de la division Electrotechnics de Metalor, spécialisé dans les métaux précieux. Grâce à une optimisation des stocks et des créances clients, le groupe suisse vise une baisse de 30% à 50% de son BFR entre octobre 2011 et décembre 2012.

Cette optimisation du BFR, qui apporte une flexibilité supplémentaire, ne supplante pas le besoin pour les entreprises de diversifier leurs sources de financement. En contribuant à durcir l’accès au crédit, la mise en place des nouvelles régulations bancaires (Bâle 3) devrait même renforcer le processus de désintermédiation. Air Liquide se finance ainsi désormais à environ 80% sur les marchés, contre 50% avant 2008. Outre le marché obligataire classique, il utilise les placements privés en dollars, en yens ou en euros. Ce segment constitue pour les entreprises bien notées «une alternative à l’achat de dettes souveraines pour certains investisseurs, notamment au Japon», relève Fabienne Lecorvaisier.

Nicolas Vaniet, responsable des financements de Lafarge, indique que sur une dette brute de 15 milliards d’euros, la part d’origine bancaire portée par ses filiales locales n’excède pas 20% du total. Les emprunts obligataires, le marché allemand du Schuldschein ou la titrisation de créances commerciales constituent les principales sources alternatives de financement pour le cimentier noté en catégorie spéculative.

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