Le risque politique fait peser une chape de plomb sur EDF
Plus que jamais, Henri Proglio ne votera pas pour François Hollande le dimanche 6 mai 2012. La victoire du candidat socialiste au deuxième tour des élections présidentielles entraînerait en effet une modification profonde du modèle de production d’électricité du groupe français. S’il est appliqué, l’accord sur le nucléaire conclu entre le parti socialiste et Europe Ecologie les Verts se solderait par une coupe claire dans les résultats de l’électricien. Hier, au lendemain de l’annonce de l’accord, le cours d’EDF a chuté de 4,36% à 19,83 euros, soit une perte de capitalisation de plus de 1,5 milliard d’euros.
Pour réduire de 75% à 50% le poids du nucléaire dans sa production électrique en 2025, EDF devrait fermer 23 GW de capacités, soit les centrales en service depuis quarante ans. Selon les calculs des analystes de Cheuvreux, cela amputerait de 4,9 milliards d’euros l’excédent brut d’exploitation (ebitda) du groupe, soit 31% du montant attendu en 2011. Le courtier Raymond James estime l’impact à 3,1 euros par action, soit plus de 5,7 milliards d’euros de capitalisation boursière. Rien que la fermeture immédiate de la centrale de Fessenheim dans le Haut-Rhin, la plus ancienne de France, qui compte deux réacteurs, provoquerait une perte d’Ebitda de 274 millions d’euros, calculent les analystes de la Société Générale.
Sur le marché, depuis la publication fin octobre d’un article dans Le Monde annonçant les négociations entre le PS et les Verts, ce risque politique pèse lourdement sur le cours d’EDF. En un peu plus de quinze jours, l’action a chuté de 15%, 6 points de plus que l’indice Stoxx Utilities, malgré le relèvement la semaine dernière des objectifs de production du groupe.
D’autant que les investisseurs redoutent de plus en plus que la taxe nucléaire imposée en Allemagne, en Belgique ou en Italie s’impose dans la campagne pour l’élection présidentielle. Un prélèvement de 5 euros par MWh «lèverait 1,3 milliard d’euros par an sur six ans afin de financer les déficits publics sans affecter la croissance économique», indique Raymond James, soit un impact de 4,4 euros par action EDF.
Enfin, et indépendamment de la campagne présidentielle, le groupe connaîtra d’ici à la fin de 2011 les conclusions de l’Autorité de sécurité nucléaire sur le montant des investissements de sécurité qu’il devra engager pour se conformer aux nouvelles règles post-Fukushima. Le surcoût est estimé entre 15 et 25 milliards d’euros par les analystes.
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