Le prix retenu pour Toulouse-Blagnac suscite des interrogations
La valorisation retenue pour la société d’exploitation de l’aéroport Toulouse-Blagnac soulève des interrogations. Les 308 millions d’euros que le consortium Symbiose, qui réunit le chinois Shandong Hi Speed et le fonds Friedmann Pacific, accepte de payer pour 49,99% du capital fixe une valeur d’entreprise de 717 millions, en ajoutant une dette financière nette de 101 millions au 31 décembre 2013.
Toulouse ressort donc à un multiple de 18,4 fois son Ebitda 2013. Au contraire des polémiques politiques évoquant les intérêts bradés de l’Etat (lequel était conseillé par la Société Générale et le cabinet BDGS Associés), le prix paraît élevé à certains financiers. «ADP [Aéroports de Paris] est valorisé entre 9 et 10 fois son Ebitda en Bourse, rappelle un professionnel. Une prime de contrôle de 80%, ça fait beaucoup.»
«Le prix du marché, c’est entre 14 et 16 fois l’Ebitda! Personne ne comprend comment l’acquéreur justifie une telle valorisation. Toulouse est un aéroport excentré en Europe; ce n’est pas une plate-forme de correspondance et il est sous contrat de régulation économique avec la direction générale de l’aviation civile», tonne un conseil de l’un des consortiums perdants.
Etre sous contrat de régulation – comme l’est aussi Lyon Saint-Exupéry – peut être jugé sécurisant par un investisseur; mais cela limite la marge de manœuvre dans la création de nouvelles lignes et suppose un rendement inférieur. Etant donné les incertitudes pesant sur le transport aérien, «nous ne nous attendons pas à voir des transactions au multiple de valorisation supérieur de 20 fois l’Ebitda afficher des rendements durables», indique PwC dans une étude récente. Le cabinet estime les aéroports régionaux à forte croissance à 14-18 fois leur Ebitda et les grands aéroports plus mûrs à 10-14 fois.
Pour justifier le multiple de Toulouse, un proche de l’Etat cite les opérations récentes: «L’aéroport de Ljubljana a été négocié à plus de 20 fois l’Ebitda avec un potentiel de développement très inférieur. Les deux clusters d’aéroports régionaux grecs se sont échangés à plus de 16 fois leur Ebitda».
En partant de la transaction toulousaine, on obtient pour Lyon et Nice – dont la privatisation partielle est prévue – une valeur respective proche de 950 millions et 1,65 milliard d’euros. Quoi qu’il en soit, Nice devrait bénéficier d’une prime par rapport à Lyon, étant donné sa moindre dépendance à l'égard du trafic avec Paris.
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