Le Pentagone annule le contrat de «cloud» attribué à Microsoft
Coup de théâtre. Le Pentagone a annulé Jedi (Joint Entreprise Defense Infrastructure), l'énorme contrat de 10 milliards de dollars (8,46 milliards d’euros) qu’il avait attribué à Microsoft en 2019 pour bâtir ses infrastructures cloud (informatique à distance). Ce contrat avait suscité une âpre bataille juridique entre le gouvernement américain et AWS, la filiale cloud d’Amazon, et Microsoft depuis de nombreux mois.
«Avec l'évolution de l’environnement technologique, il est devenu clair que ce contrat Jedi, qui a longtemps été retardé, ne répond plus aux exigences pour combler les lacunes en matière de capacités» du ministère de la Défense, a précisé un porte-parole dans un communiqué.
A la place, le Pentagone lancera un nouvel appel d’offres, à «fournisseurs multiples», sur le principe du multicloud. Il compte «demander des propositions à un nombre limité de sources, Microsoft et Amazon Web Services», qui sont à ses yeux «les seuls capables de répondre à ses besoins ». Mais il permettra à leurs concurrents de soumettre leurs projets. Le principe reste le même : équiper l’armée américaine d’une plateforme centralisée de gestion des données dans le cloud. Le nouveau contrat sera baptisé Joint Warfighter Cloud Capability (JWCC). Il s'étendra sur cinq ans, contre dix pour le précédent.
Microsoft avait bien remporté ce contrat en octobre 2019, après des négociations tendues. Amazon avait aussitôt lancé un recours, accusant le ministère d’avoir fait un choix politiquement orienté, sous la pression de Donald Trump. L’ancien locataire de la Maison-Blanche était hostile au dirigeant d’Amazon, Jeff Bezos, lui reprochant notamment la couverture de la campagne présidentielle de 2016 par le quotidien Washington Post, qu’il a racheté en 2013. Le géant du e-commerce avait ensuite déclaré, auprès du tribunal administratif, que le président américain avait «lancé des attaques répétées, en public et en coulisses» pour lui faire perdre ce contrat. Une bataille judiciaire avait suivi.
En février 2020, un tribunal fédéral américain, la US Court of Federal Claims, avait suspendu l’application du contrat. Mardi, le Pentagone a décidé d’annuler sans façon le contrat, pour pouvoir tourner la page.
Microsoft a annoncé dans un communiqué qu’il acceptait cette décision, disant privilégier «la sécurité des Etats-Unis par le biais d’améliorations technologiques». Après cette annonce, l’action Amazon gagnait 4,70% en fin de séance à Wall Street, tandis que Microsoft se repliait de 0,2%.
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