Le marché va arbitrer le différend entre Vivendi et Lagardère sur Canal+
Sur la forme, le dossier Canal+ France ressemble à n’importe quelle introduction en Bourse: un président, Bertrand Méheut, «enthousiaste»; un modèle économique «attractif», selon le dirigeant; et de «bonnes perspectives de croissance rentable», c’est-à-dire une hausse annuelle du chiffre d’affaires de 2% à 3% et une marge d’ebitda de l’ordre de 20%, «la meilleure de la télévision». Pourtant, sur le fond, la mise en Bourse, lancée hier par la publication du document de référence, ne ressemble à aucune autre IPO. D’ailleurs, rares sont les investisseurs à croire à sa concrétisation.
Initié par Lagardère, comme il en a le droit, le processus vise à maximiser la valeur du bloc de 20% dont il veut se défaire. En face, Vivendi, qui contrôle les 80% restants de Canal+ France, a peu intérêt à voir sa filiale entrer en Bourse, sous peine de supporter une décote de minoritaire. Sans parler du risque de devoir racheter les actionnaires minoritaires dans quelques années à un prix plus élevé. Similaire, le cas Neuf Cegetel est encore dans les esprits chez Vivendi: entre sa mise en bourse en 2006 par Louis Dreyfus et le rachat des minoritaires deux ans plus tard, la valeur de la filiale télécoms de Vivendi s’était envolée de 60%. Lagardère lui-même a-t-il intérêt à ce que l’opération se fasse? Comme dans toute IPO, il devra consentir une décote de 10% à 15% aux investisseurs prêts à acheter ses actions. Raisonnablement, les deux groupes devraient s’entendre avant la première cotation, attendue début avril.
Réunis hier pour prendre connaissance du dossier, les analystes devront publier leurs valorisations dans une dizaine de jours. Leur travail servira de base de discussions neutres entre deux actionnaires qui n’ont jamais réussi à s’entendre sur le prix. Vivendi n’est pas prêt à payer 1,5 milliard comme le demande Lagardère.
Sur la foi des études récentes, Lagardère a peu de chance d’obtenir ce prix. Selon l’analyste médias de JPMorgan, banque conseil avec BNP Paribas de Lagardère, les 20% valaient fin janvier 1,127 milliard d’euros. Depuis, les perspectives du groupe de télévision n’ont pas fondamentalement changé. Les analystes de la Société Générale, dans le camp de Vivendi au côté de Nomura, évaluent le bloc à 1,2 milliard d’euros. Enfin, en appliquant le multiple médian du secteur (7,7 fois l’ebitda 2011), la valeur atteint 1,23 milliard, hors décote d’introduction et hors prime spéculative.
Plus d'articles du même thème
-
Indexa Capital déploie son offre de gestion sous mandat sur compte-titres en France
Le service de gestion automatisée espagnol Indexa Capital complète son catalogue tricolore avec le lancement d’un service de gestion de portefeuilles de fonds indexés sur compte-titres. Les frais annuels totaux s’élèvent en moyenne à 0,69 % par an. -
AMD confirme sa percée dans les data centers et rassure les investisseurs
Le fabricant de puces américain a enregistré une croissance supérieure aux attentes au troisième trimestre grâce à une envolée de ses ventes liées aux centres de données. L'action reprend des couleurs en Bourse. -
Les marchés restent calmes après la déroute électorale de Donald Trump
Après quelques heures de panique, les marchés asiatiques ont rapidement repris leurs esprits et les futures sur les indices américains pointent vers de légères baisses après l'éclatante victoire des démocrates aux élections de mi-mandat.
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- La Société Générale fait son retour vers les futures
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- 2CRSI n’arrive pas à se remettre d’une attaque d’activiste
- La Société Générale poursuit sur sa lancée avec de nouveaux résultats records
- Le départ de Christine Lagarde dès février 2027 précipite sa succession à la BCE
Contenu de nos partenaires
-
A la racineSortir l’Ecole nationale de la magistrature de l’entre-soi : un défi en douceur pour Darmanin
La nouvelle directrice de l’école doit être nommée ce mercredi en conseil des ministres -
L'accord agroalimentaire post-Brexit, un test pour le projet européen d’Andy Burnham
Discuté à Bruxelles ce mercredi en vue du sommet prévu fin novembre, ce texte de compromis impose à Londres un alignement réglementaire stratégique -
Etats-UnisBattu, Donald Trump juge que les démocrates ont « fait du bon boulot » mais agite la menace du veto
Le camp du président américain essuie une lourde défaite aux élections de mi-mandat. « Je pense que je serai Monsieur Veto », a-t-il aussitôt réagi