Le marché exige plus qu’un simple changement de direction chez BlackBerry
Le changement de gouvernance opéré par Research in Motion (L’Agefi Quotidien du 23 janvier) n’a pas provoqué l’électrochoc espéré. Hier soir, l’action du fabricant du BlackBerry a terminé en baisse de 8,47% sur le Nasdaq. Depuis 2008, lorsque le groupe était encore la première capitalisation du Canada, la valeur de RIM a été divisée par dix à 8,3 milliards de dollars, quand celle d’Apple doublait à 396 milliards de dollars.
Le groupe n’a pas besoin d’un «changement drastique» a lancé le nouveau directeur général, Thorsten Heins, présent chez RIM depuis quatre ans. De quoi décevoir les actionnaires qui espéraient un discours plus musclé. «Heins est un spécialiste de l’exécution, ce n’est pas un visionnaire», regrette par exemple le courtier Morgan Stanley. Or, totalement dépassé par l’iPhone d’Apple et par les téléphones fonctionnant sous le système Android de Google, RIM doit retrouver sa capacité d’innovation s’il veut remonter dans la chaîne de valeur. En 2008, sa marge brute dépassait encore les 50%. Fin novembre 2011, elle n’était plus que de 27%.
«Il est difficile de voir en quoi ce changement peut transformer la société», s’interroge l’analyste d’Oppenheimer & Co. D’autant que Jim Balsillie et Mike Lazaridis, les fondateurs et anciens co-dirigeants de RIM, restent au conseil d’administration. Difficile donc pour le nouveau directeur général de rompre avec le passé. Les projets lancés par ses prédécesseurs, dont la sortie d’ici la fin de l’année du nouveau système d’exploitation «BB10», sont d’ailleurs maintenus. Le positionnement du groupe sur le marché du grand public, alors que son succès originel a été construit auprès de la clientèle professionnelle, est également confirmé par Thorsten Heins.
Ce statu quo donne du grain à moudre aux fonds activistes qui rôdent déjà depuis plusieurs mois autour de RIM, comme Northwest & Ethical Investments ou Jaguar Financial. Outre un départ des dirigeants historiques, certains de ses actionnaires réclament une scission du groupe, entre la partie brevets et le développement de téléphones mobiles. Thorsten Heins a prévenu qu’il ne sacrifierait pas la stratégie à long terme de la société à une vision court-termiste et qu’il s’opposerait à une scission. Le capital totalement éclaté de la société et sa capitalisation inférieure de 2 milliards de dollars à la valeur de l’actif net lui donnent peu de marge d’erreur.
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