Le fonds souverain norvégien s’attaque aux rémunérations
Au vu du poids que lui confère ses quelque 800 milliards d’euros d’encours, le fonds souverain norvégien nourri par la manne pétrolière du pays prend des positions qui attirent en général l’attention. Norges Bank IM (NBIM) a annoncé hier dans les colonnes du Financial Times son intention de refuser son aval aux rémunérations jugées excessives des dirigeants d’entreprise dont il est actionnaire.
C’est un tournant pour le fonds sur ce sujet. Il a déjà pris des positions de principe ces dernières années, que ce soit à travers sa politique – progressive ou non – d’exclusion sectorielle (producteurs d’huile de palme, de charbon, de tabac, d’armement...), ou sur des questions de gouvernance (cumul des fonctions dans les banques, liberté d’accès aux conseils d’administration pour les actionnaires...).
Attendre la bonne occasion pour voter à bon escient
Mais il refusait en général d’intervenir sur les questions de rémunération, cas particuliers mis à part – en France, il a voté en 2015 contre la rémunération des dirigeants de Pernod-Ricard, Pierre Pringuet et Alexandre Ricard, et contre celle de Georges Chodron de Courcel chez BNP Paribas. Mais le mois dernier, il s’était prononcé en faveur de l’augmentation de capital de 20% du patron de BP Bob Dudley, qui avait pourtant rencontré l’opposition d’une majorité d’investisseurs institutionnels et provoqué la polémique au Royaume-Uni, puisque la compagnie pétrolière venait de publier pour 2015 les pires résultats de son histoire. Et s’il s’est opposé à la politique de rémunération du groupe minier Anglo American, c’est plus pour un motif de structuration que de montant.
Aujourd’hui, NBIM estime que cette position n’est plus tenable. «Nous étudions la manière d’aborder le sujet dans l’espace public. Nous choisirons la bonne occasion pour voter à bon escient», déclare Yngve Slyngstad, directeur général de NBIM au Financial Times. NBIM devrait identifier une première cible dans les mois qui viennent.
En effet, la contestation concernant ce sujet n’a fait que monter depuis la crise financière en 2008, se généralisant au-delà des pays qui y sont traditionnellement sensibles, y compris aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Pour la seule journée de jeudi dernier, les politiques de rémunération de la société d’ingénierie britannique Weir, du laboratoire Shire et du groupe irlandais CRH ont été rejetées respectivement par 72%, 49,5% et 40% de leurs actionnaires. En France, Renault est le premier cas de «say-on-pay» négatif (lire par ailleurs).
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