Le fonds activiste TCI fustige la stratégie d’acquisitions de Safran

Il juge le titre sous-valorisé, et demande un audit sur les performances financières des récentes opérations de croissance externe
Bruno de Roulhac

Dans une lettre adressée à Jean-Paul Herteman, PDG de Safran et à Ross McInness, directeur général délégué, The Children’s Investment Fund Management (TCI) fustige la politique du groupe français. Face à cette attaque, Safran s’est refusé à tout commentaire, mais devrait s’expliquer le 25 octobre lors de la publication de son chiffre d’affaires trimestriel.

Si TCI juge la division propulsion aéronautique et spatiale «bien gérée» avec des «perspectives de croissance très visibles et un énorme potentiel de génération de cash», il estime que la division équipements aéronautiques «a constamment sous-performé», avec des marges «au moins deux fois plus faibles que celles de ses principaux concurrents».

TCI attend une meilleure valorisation de Safran, qui se traite seulement sur la base de 12 fois ses résultats 2013, soit une décote de 45% par rapport à la valeur intrinsèque estimée à 55 euros par le fonds britannique, alors que les analystes ont un objectif de 32 euros. Hier l’action prenait 3,23%, à 30,32 euros. En trois ans, sa performance est de 132%.

TCI conteste des acquisitions «destructrices de valeur», qualifiant la fusion avec Sagem de «désastreuse» pour Snecma. D’ailleurs, TCI s’oppose à une nouvelle tentative de rachat de Zodiac ou à une opération sur Thales.

Face à ce noir bilan, TCI adresse dix propositions au conseil de Safran. Notamment: réaliser un audit, qui devra être rendu public, des performances financières des acquisitions faites depuis 2008; réviser le processus de décision interne pour les rachats; ne pas faire d’acquisitions en dehors de l’aéronautique civile; nommer des administrateurs indépendants chargé des opérations de croissance externe; ne pas réaliser d’opérations en titres tant que l’action reste sous-valorisée, alors qu’au contraire le rachat de titres «serait le meilleur investissement que puisse faire Safran»; céder la participation de Safran dans Ingenico (22,8% soit 478 millions d’euros) et la rendre via un dividende exceptionnel; accroître le taux de distribution à 50%; et aligner le bonus des cadres supérieurs sur le rendement de long terme des actionnaires.

Si Safran ne change pas de politique, TCI se dit prêt à voter contre la réélection des dirigeants au conseil et à mener une fronde. Mais le fonds activiste détient seulement 3% du capital de Safran (1,9% en propre et le solde en exposition économique), loin derrière l’Etat français (30,2%) et les salariés (16,5%).

Un évènement L’AGEFI

Plus d'articles du même thème

ETF à la Une

Contenu de nos partenaires

A lire sur ...