Le cas Dailymotion rouvre le débat sur le patriotisme économique
Même si la société n’entre pas directement dans le cadre des secteurs protégés, le veto ministériel crée une forme de droit de préemption
Publié le
Olivier Pinaud
Après les yaourts, les vidéos sur internet font désormais partie des secteurs stratégiques français. Timidement assumé hier par le gouvernement, le veto d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, contre la vente par France Télécom de Dailymotion à Yahoo, relance le débat qui avait été ouvert en 2005 par la fameuse menace d’OPA de Pepsi sur Danone.
L’affaire avait conduit le gouvernement Villepin à adopter, au nom du patriotisme économique, un décret (n°2005-1739) «réglementant les relations financières avec l’étranger». Il dresse une liste de onze activités nécessitant, pour un investisseur étranger, d’obtenir une autorisation administrative en cas d’acquisition d’au moins 33,33% du capital ou des droits de vote d’une entreprise. Ces activités concernent essentiellement la défense, la sécurité privée, la cryptologie ou les jeux d’argent.
Mis en place dans tous les grands pays, «ces dispositifs permettent de sanctuariser des technologies dites souveraines, car nécessaires à la compétitivité de l’Etat et de son économie», estime Pascal Dupeyrat, fondateur du cabinet de conseil en investissements stratégiques Relians. Le décret incite ainsi les investisseurs étrangers potentiels à engager auprès des autorités françaises des discussions préliminaires permettant d’obtenir des garanties sur le maintien du siège en France ou sur la politique de R&D. «En revanche, ces dispositifs ne doivent pas servir d’outils de meccano industriel», insiste Pascal Dupeyrat.
A moins de considérer la technologie de Dailymotion comme stratégique pour la France, argument discutable qui n’est d’ailleurs par avancé par le ministre du Redressement productif, le veto repose sur une argumentation vague. Le ministre estime qu’il est préjudiciable pour la France de vendre à un groupe étranger une de ses «pépites» technologiques. «Cette décision équivaut à accorder à l’Etat une forme de droit de préemption arbitraire», regrette Benoist Grossmann, directeur général d’Idinvest, l’un des actionnaires historiques de Dailymotion avant son rachat à 100% par France Télécom début 2013.
Ironie de l’histoire, jusqu’à cette date, l’Etat était actionnaire de Dailymotion via le Fonds stratégique d’investissement. L’entrée de celui-ci en 2009 au capital de la société avait d’ailleurs soulevé de nombreuses critiques sur l’intérêt pour l’Etat de financer une start-up suspectée de contribuer au piratage des œuvres audiovisuelles.
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