Le BTP tirera la croissance de l’industrie française en 2011
Après le bon départ de la croissance française au 1er trimestre 2011 (+0,9% en rythme trimestriel), l’activité devrait consolider progressivement sur le reste de l’année, avant d’entrer dans un cycle de croissance plus auto-entretenue en 2012, anticipe Axelle Lacan, économiste au Crédit Agricole, à l’occasion de la présentation semestrielle de l'étude «France Secteurs» de LCL. Ce freinage à court terme s’explique notamment par la prudence des entreprises, tant en termes d’investissements que de stocks, par le manque de visibilité à l’international, par des perspectives de débouchés intérieurs en demi-teinte, et par des marges toujours sous pression. D’autant que la consommation des ménages sera affectée par la remontée de l’inflation, par la hausse des impôts liée à l’amélioration des revenus 2010, et par l’arrêt de certaines mesures de soutien, comme la prime à la casse. De plus, les exportations souffrent du freinage de l’économie mondiale, d’offres peu compétitives et du niveau élevé de l’euro. Une monnaie unique qui devrait néanmoins reculer au 2e semestre face au dollar. Le Crédit Agricole anticipe une parité à 1,30 fin 2011 (contre 1,44 actuellement), et à 1,18 fin 2012.
Grâce à l’avancée prise au 1er trimestre, le Crédit Agricole vise une hausse de 2,1% du PIB en France cette année (+1,4% en 2010), alors qu’il n’espérait que +1,5% en janvier. Une anticipation en ligne avec celle de la zone euro (+2%), mais bien en deçà de celle de l’Allemagne (+3,4%). Dans ce contexte, malgré le rebond attendu, «la France n’aura rattrapé fin 2011 que 60% de la chute de la production industrielle enregistrée en 2008-2009», explique Bernard Monsigny, ingénieur conseil au département des études industrielles du Crédit Agricole. «Le retour au niveau d’avant-crise prendra beaucoup de temps, renchérit Jean-Paul Betbèze, chef économiste de CASA. L’Allemagne remonte en ‘V’, mais la France en ‘U’». L’industrie ne pèse plus que 10% du PIB en France (25% en 1970), très loin des 24% de l’Allemagne.
Seuls secteurs résistants, la construction aéronautique, l’électronique de défense et la pharmacie bénéficient d’un cycle long et de niches de croissance orientées à l’export. Toutefois, «nous émettons un petit bémol sur la pharmacie, ajoute Bernard Monsigny. En 2015, plus de la moitié des exportations seront à destination des émergents et ne se feront peut-être pas sur les mêmes bases de prix et de marge que dans les marchés matures».
Le poids lourd de l’industrie française, le bâtiment (18% de la production, et 28% de la valeur ajoutée) devrait tirer la croissance cette année. Après une baisse de 4,7% des volumes l’an dernier, LCL table sur un rebond de 6,3%, tiré par les logements neufs (+19%) soutenus par les mesures gouvernementales, par les taux bas, et par l’aspect valeur refuge de l’immobilier. Les travaux publics devraient aussi rebondir de 2,5% à la faveur de prochaines échéances électorales. Malgré ces bonnes perspectives, le BTP reste loin de ses niveaux d’avant la crise, après environ 15% de baisse sur 2009-2010. «Il n’a fait que 40% du chemin. Il reste encore 60%», souligne Bernard Monsigny.
A contrario, après le pic de 2010 (+11,8% des volumes), la production de véhicules particuliers en France est attendue en repli de 8,4% en 2011. La plus forte baisse sectorielle. La France subira le plein impact de l’arrêt de la prime à la casse. En revanche, l’Allemagne devrait avoir totalement purgé l’effet de la crise et devrait enregistrer un rebond de 10% de ses immatriculations, alors que le marché européen baisserait de 3,6%.
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