L’automobile sort gagnante de ses «états généraux»
Face aux nuages chargés qui s’accumulent au-dessus de l’industrie automobile mondiale, les revendications de ses acteurs en France ont été entendues. A l’occasion de la «journée de la filière automobile», organisée hier par la Plateforme automobile (PFA) sous l’égide du ministère de l’Economie et des Finances à Bercy, le ministre Bruno Le Maire a répondu favorablement à plusieurs revendications de la filière.
Le gouvernement a ouvert la porte à la baisse des impôts de production au cours de ce quinquennat. Il s’agit d’une vieille revendication des protagonistes du secteur, particulièrement capitalistique. «C’était inimaginable il y a encore quelques mois, a admis hier Luc Chatel, président de la PFA, en conclusion de la journée. Nous avons beaucoup travaillé collectivement, les fédérations industrielles, France Industrie, pour mettre ce sujet sur la table et finalement la situation de la filière automobile aujourd’hui peut donner une opportunité à ce que ce dossier soit rouvert».
Une baisse d’impôt conditionnée
Toutefois, cette baisse n’est pas un blanc-seing du gouvernement, a précisé en substance le ministre. Elle sera conditionnée au maintien de l’activité industrielle dans l’Hexagone. «Nous voulons de la visibilité sur le niveau de production en France», a-t-il insisté, manifestant son insatisfaction à l’égard d’un secteur dont les deux modèles les plus vendus en France (la Renault Clio et la Peugeot 208) ne sont plus produits en France. La secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher a rappelé que la production de véhicules en France était passée de 3,7 millions d’unités en 1990 à 2,2 millions en 2019 et à 1,7 million prévus en 2020.
Reste à déterminer le rythme et la méthode de la réduction d’impôt. «Je discuterai avec les associations des maires de France, les fédérations professionnelles et les collectivités locales», a précisé Bruno Le Maire. Cette réforme entrera dans le cadre plus global du Pacte productif pour l’emploi lancé en avril dernier et elle devrait, de ce fait, concerner à terme tous les secteurs industriels, précise à L’Agefi un porte-parole Bercy.
Bercy a confié à Hervé Guyot, ancien haut responsable de l'équipementier Faurecia et du constructeur PSA, la mission notamment d’évaluer dans les mois qui viennent avec les constructeurs les conditions de maintien ou de relocalisation de l’activité en France. «La mission d’Hervé Guyot va être très importante pour mettre sur la table tous les sujets tabous, les écarts de compétitivité entre les pays, le coût de production d’un véhicule. On doit tout regarder, faire ce que l’on avant fait il y a dix ans quand on avait comparé le prix de revient d’une Clio en France et en Roumanie, qui avait abouti à l’époque à la suppression de la taxe professionnelle», a rappelé Luc Chatel.
Cette mission, dont les premières conclusions seront remises en début d’année et le rapport final au printemps, aura également la tâche d’étudier les pistes pour améliorer les relations entre donneurs d’ordres et sous-traitants – ces derniers se retrouvant fragilisés lorsque le contexte international se dégrade.
Fonds de soutien aux sous-traitants
Pour consolider les entreprises de la filière, Bruno Le Maire a annoncé le prochain lancement de deux fonds de 25 millions d’euros chacun. Le premier aura pour mission d’accompagner la «transformation écologique» des sous-traitants, en particulier la diversification des entreprises subissant la désaffection pour les motorisations diesel. Selon la PFA, 25.000 emplois sont menacés dans cette filière à court terme, alors que l’électrique ne créera que 10.000 emplois dans le même temps.
Le second fonds servira de garantie des prêts : il vise à renforcer les finances des PME, menacées à la fois par les coups d’accordéon dans les carnets de commandes, qui dégradent le BFR (besoin en fonds de roulement), et par le resserrement des critères des banques et les assureurs-crédit pour l’octroi de financements ou de garanties. La garantie de l’Etat pourra générer jusqu’à 200 millions d’euros de prêts pour la seule année 2020. Elle fonctionnera pour des financements apportés par la banque publique Bpifrance ou les banques commerciales, précise Bercy à L’Agefi. Parallèlement, a ajouté le ministre, «les Commissaires aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises seront mobilisés pour suivre les entreprises les plus à risque» et Bercy cherchera à identifier les risques de défaillances en ayant recours à des algorithmes d’intelligence artificielle.
Les deux fonds seront gérés par Bpifrance, ajoutent les services de Bercy. Leur financement proviendra de la suppression du plafonnement du malus à 12.500 euros pour les véhicules émettant plus de 172 grammes de CO2 par kilomètre (correspondant en particulier aux voitures de luxe, de sport et aux très gros «SUV»). Cette mesure, qui devrait donc rapporter 50 millions d’euros, n’est pas sans arrière-pensée protectionniste: «ces véhicules ne sont ni construits en France, ni construits par nos constructeurs nationaux», a rappelé malicieusement Bruno Le Maire.
Sur le thème des mesures contraignantes, le ministre veut avancer sur le sujet de la prise en compte du poids du véhicule – et non plus seulement le volume d’émissions polluantes – dans les normes et les amendes prévues à l’échelle de l’Union européenne applicables aux constructeurs. Un serpent de mer loin de provoquer l’unanimité à l’échelle du continent – les constructeurs allemands y étant farouchement opposés. «Nous allons écrire dans les semaines à venir à la Commission européenne pour lancer ce débat», a-t-il promis.
En bémol, l’évolution du bonus écologique reste à contre-courant de ces intentions. Si Bruno Le Maire a vanté l’augmentation de 50% de son enveloppe pour 2020 dans le projet de loi de finances, il omet de rappeler que l’objectif fixé dans le même temps aux constructeurs est de doubler de nombre de véhicules 100% électrique (à 100.000 unités). Soit un montant divisé par deux rapportée au nombre de véhicules… Sollicitée par L’Agefi, la PFA a qualifié l’augmentation de «très insuffisante».
Plus d'articles du même thème
-
Malgré les tensions, les discussions autour de la restructuration de Casino se poursuivent
Le distributeur ne paiera pas les intérêts dus fin septembre à certains de ses créanciers qui lui ont intenté une action contentieuse en août et s’opposent au projet de restructuration qu’il a choisi. -
Les pays émergents ont gonflé la dette mondiale
L’endettement mondial a atteint au 30 juin 2026 un nouveau record de 365.000 milliards de dollars, sous l’impulsion des entreprises et des Etats, selon l’IIF. La hausse des taux accroît les dépenses d’intérêt et mécaniquement la dette. Elle devrait continuer de progresser en raison des besoins d’investissement dans les secteurs stratégiques. -
L’actionnariat salarié affiche sa résistance
Au sein du SBF 120, 40 opérations collectives ont été menées en 2025, pour une collecte de 3,8 milliards d’euros. Plus d’un salarié sur trois est actionnaire. Les salariés détiennent de nouveau plus de 3% de l’indice.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- Le patron de BoursoBank prend du galon chez la Société Générale
- La Société Générale fait de BoursoBank sa figure de proue
- Emporté par le digital, Wakam fait une sortie de route
- Le scénario de vente de Cetelem en Espagne se précise
Contenu de nos partenaires
-
Un ami pour la vieEntre Macron et Léon XIV, une communion contrariée
Le chef de l'Etat tente de valoriser ses combats commun avec Léon XIV sur l'Europe, le multilatéralisme et les dangers de l'IA malgré leurs divergences sur la fin de vie, l'immigration et la PMA -
Régulation de l'IA : devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le choc des géants
Dans un contexte de montée des inquiétudes autour de la trajectoire de l'intelligence artificielle, les patrons d'OpenAI, d'Anthropic et d'Hugging Face étaient réunis mercredi au Conseil de sécurité de l’ONU, à l’initiative de Paris. -
Lettres persanes« J'ai pas eu votre vie. Fichez-moi la paix ! » : à son procès, la charge de Rachida Dati contre une avocate
Les débats étaient tendus jeudi au tribunal correctionnel où l'ancienne ministre a eu réponse à tout, parfois à côté