L’arrêt Hermès laisse des questions sans réponses
Victoire pour la famille Hermès. Dans un arrêt du 15 septembre, la cour d’appel de Paris a confirmé la décision de l’AMF de janvier dernier d’accorder à la famille une dérogation à l’obligation de lancer une offre publique sur les minoritaires, malgré la constitution d’une holding familiale, regroupant 20,2% du capital du groupe de luxe. Le sellier du faubourg-Saint-Honoré comme le régulateur prennent acte de cette décision, dans l’attente de la création de la holding familiale «dans les prochaines semaines». Pour sa part, LVMH, qui n’a pas pris part à la procédure, s’est refusé à tout commentaire.
En revanche, Colette Neuville, présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), au nombre des demandeurs, ne cache pas sa déception. D’ailleurs, l’avocat de l’Adam, Alain Géniteau, envisage un pourvoi en cassation. «Les conséquences seront fâcheuses sur les droits des minoritaires», estime Colette Neuville, rappelant qu’aucune existence de contrôle ou de concert n’était mentionnée dans l’information financière d’Hermès validée par l’AMF, alors que la dérogation a été accordée sur l’idée d’un contrôle préalable. «Y-a-t-il alors un droit spécial pour les groupes familiaux?», s’interroge la présidente de l’Adam.
«Cet arrêt n’est pas une grande surprise dans sa conclusion, confie Frank Martin Laprade, avocat associé chez Jeantet. La cour d’appel s’évertue néanmoins à justifier chaque élément de l’argumentaire de l’AMF, alors qu’elle aurait pu se contenter de confirmer la dérogation accordée par le régulateur en constatant l’existence d’un groupe familial, de notoriété publique, et en relevant que le reclassement serait sans impact sur le contrôle de droit, en raison de la structure particulière de commandite avec Emile Hermès SARL pour gérant commandité. C’était d’ailleurs l’unique objet de la requête présentée par les héritiers Hermès».
Or, la cour d’appel, à la suite du régulateur, «va bien au-delà en assimilant la notion de groupe familial à l’action de concert, et ce pour en déduire l’exercice d’un contrôle conjoint sur Hermès International. Et c’est là que le bât blesse ! Elle manque ainsi une bonne occasion de définir le groupe familial indépendamment de la notion de concert et de rappeler que le contrôle d’une commandite ne dépend pas d’un pourcentage de détention en capital», poursuit Frank Martin Laprade.
Cette décision aboutit à un paradoxe. «En évoquant une action de concert qui n’aurait jamais été révélée par les membres de la famille Hermès, les magistrats ouvrent la porte à une privation de droits de vote pour non-déclaration de franchissements de seuils lors de chaque apparition d’un nouveau concertiste, et tout le monde sait qu’il y a eu beaucoup de mouvements au sein du groupe familial depuis l’entrée en Bourse en 1993, ajoute Frank Martin Laprade. La conséquence, d’ordre public, devrait logiquement être la privation des droits de vote au-delà de seuils non déclarés». Ce qui promet de belles perturbations lors des prochaines assemblées générales!
Mais surtout, «deux ans après la régularisation du concert, lorsque la future holding familiale récupérera l’intégralité de ses droits de vote, elle franchira à nouveau le seuil de 30%, mais cette fois en droits de vote et non plus seulement en capital, provoquant ainsi le dépôt d’une OPA obligatoire, souligne Frank Martin Laprade. Toutefois, elle ne pourra plus bénéficier de la dérogation pour reclassement intra-groupe puisque ce dernier sera de l’histoire ancienne ». Une situation que ne devrait pas apprécier Hermès après tous les efforts faits pour l’éviter.
De plus, cette holding destinée à verrouiller le capital d’Hermès face à la montée hostile de LVMH (qui détient 21,4% du capital) suffira-t-elle à conserver les actionnaires familiaux ? La holding regroupera 50,2% des titres, cependant 12,6% ne font pas partie de la structure mais pourront être racheté en priorité par la holding, et 10%, dont les 6% de Nicolas Puech, ont refusé de s’associer à ce projet. Signe de la tension existante entre certains descendants du fondateur. Sans compter les petits porteurs familiaux qui pourraient bien profiter des niveaux stratosphériques atteints par l’action pour vendre une partie de leur participation pour payer leur ISF.
Mercredi, Hermès clôturait à 268,30 euros, non loin de son record historique de 272,50 euros. Le groupe de luxe est valorisé plus de 28 milliards d’euros, soit près de la moitié de la capitalisation de LVMH, et près de deux fois celle de la Société Générale ! Toutefois, après cet arrêt de la cour d’appel de Paris, la spéculation devrait s’atténuer, estiment les analystes.
{"title":"","image":"77428»,"legend":"HERMES COURS DE BOURSE»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
L'Ouzbékistan cote l'un de ses fonds publics à Londres
Le fonds national d'investissement ouzbek, UzNIF, confirme son introduction en Bourse simultanée à Londres et à Tachkent. Première cotation internationale d'un fonds étatique, l'opération représente un choix étonnant pour un détenteur d'actifs public. -
La Côte d’Ivoire se dote de son premier fonds souverain
Le Conseil des ministres du 15 avril 2026 a acté la création du Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d'Ivoire (FSD-CI), premier véhicule de ce type dans l'histoire financière du pays. -
L’opérateur de services cloud breton Blue passe sous égide londonienne
Le fonds Digital Infrastructure de L&G réalise sa première opération européenne en reprenant la société numérique Blue dotée de deux centres de données à Rennes et Nantes.
ETF à la Une
Morgan Stanley entre dans la danse des ETF bitcoin
- A la Société Générale, le nombre de banquiers millionnaires a baissé en 2025
- HSBC va revoir sa politique de télétravail en France d’ici l’été
- Faute de moteurs, Airbus réalise son pire début d'année depuis 20 ans
- Apple domine le marché mondial des smartphones au premier trimestre
- Macif veut continuer à faire sauter les cloisons de l’assurance
Contenu de nos partenaires
-
Liban : à peine entré en vigueur, le cessez-le-feu fragilisé par Israël et le Hezbollah
Une trêve est entrée en vigueur entre Israël et le Liban à minuit, vendredi 17 avril. Mais celle-ci paraît fragile : en représailles des « actes d’agression » d’Israël, le Hezbollah a attaqué des soldats israéliens -
Affaire Mandelson/Epstein: à la suite de nouvelles révélations, Starmer appelé à démissionner
Londres - Plusieurs partis d’opposition ont appelé jeudi le Premier ministre britannique Keir Starmer à démissionner, après de nouvelles informations sur la nomination de l’ex-ambassadeur aux Etats-Unis Peter Mandelson malgré ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Le journal The Guardian a révélé jeudi que le ministère des Affaires étrangères avait accordé une habilitation de sécurité à Peter Mandelson pour ce poste en janvier 2025 malgré un avis défavorable du service chargé de contrôler ses antécédents. Des responsables du Foreign Office ont décidé d’aller «contre la recommandation» de ce service, a confirmé jeudi un porte-parole de Keir Starmer, qui a affirmé que ni le Premier ministre, ni aucun membre de son gouvernement «n'étaient au courant» de ces éléments «avant le début de la semaine». Le Foreign Office a dit jeudi par la voix d’un porte-parole «travailler en urgence» à apporter des réponses sur l’octroi de cette habilitation. Début février, Keir Starmer avait déclaré à la presse qu’un «contrôle mené de manière indépendante par les services de sécurité» avait permis à Peter Mandelson d’obtenir «l’habilitation nécessaire pour occuper ce poste». Le cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, a estimé jeudi sur X que «Starmer a trahi la sécurité nationale» et doit donc «démissionner». Le leader des libéraux-démocrates, Ed Davey, a lui affirmé que «si Keir Starmer a induit le Parlement en erreur et menti au peuple britannique, il doit partir». Le Premier ministre, qui a limogé Peter Mandelson en septembre 2025, a accusé l’ex-ambassadeur d’avoir «menti de manière répétée» à Downing Street sur l'étendue de ses liens avec le criminel sexuel. Cette affaire a fragilisé le chef du gouvernement britannique, cible de critiques depuis plusieurs mois en raison de sa décision de nommer à l’un des postes les plus prestigieux de la diplomatie britannique cet ami du financier américain décédé en prison en 2019. Le porte-parole de Keir Starmer a réaffirmé jeudi la détermination du gouvernement à publier les documents relatifs à la nomination de Peter Mandelson, dont une première partie a été rendue publique en mars. Ils ont permis d’apprendre que M. Starmer avait été averti du «risque réputationnel» posé par les liens de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein avant de le nommer. La police britannique a ouvert une enquête et perquisitionné deux résidences de l’ex-ambassadeur en février, après la publication de nouveaux documents tirés des dossiers Epstein, publiés fin janvier par le ministère américain de la Justice. Ces derniers suggèrent que Peter Mandelson aurait transmis au financier des informations susceptibles d’influer sur les marchés, notamment lorsqu’il était ministre dans le gouvernement de Gordon Brown, de 2008 à 2010. © Agence France-Presse -
Loi Yadan : le RN sur une ligne de crête
D’un côté, une loi jugée inutile et liberticide. De l’autre, un vote favorable envisagé au nom du symbole de la lutte contre l’antisémitisme. Face aux contradictions, le RN mise sur l’ambiguïté