L’appétit des corporates américains pour la dette en euro se confirme
Les émetteurs non financiers américains continuent d’affluer sur le marché de la dette en euro. Si leur engouement n’est pas totalement nouveau (il a émergé en 2012), il atteint des montants inégalés depuis le début de la crise financière.
Selon les chiffres compilés par Dealogic pour L’Agefi, les corporates américains ont levé 4,94 milliards d’euros entre le 2 janvier et le 24 février. Si ce montant est inférieur à 2014 à la même période (5,87 milliards), il faut ensuite remonter jusqu’en 2007 pour retrouver un volume de cet ordre (6,77 milliards). En nombre d’opérations (6), 2015 est pour l’instant le début d’année le plus dynamique depuis 2007 (8). En 2014, le total émis en euros par les acteurs américains a atteint le record absolu de 38,6 milliards.
Ils privilégient les maturités longues, comme en témoigne l’opérateur télécom AT&T, qui vient d’émettre 2,5 milliards d’euros à 8,5 et 20 ans. «Le point mort des émetteurs américains se situe souvent autour de 5 à 7 ans de maturité. En deçà, il est plus avantageux pour eux d’émettre en dollar. A l’inverse, sur quelques exemples récents, nous avons pu constater des écarts de rendement avec une émission en dollars d’environ 20 points de base [pb] à 10 ans et jusqu’à 50 pb à 20 ans», indique Felix Orsini, co-responsable mondial des émissions de dette d’entreprise en euro à la Société Générale.
Autre caractéristique, ces émetteurs ne font pas partie des mieux notés, mais sont en général proches du BBB. Pour les entreprises les mieux considérées, comme Shell ou Chevron, émettre en euro est moins avantageux dans une pure perspective d’arbitrage.
D’autres raisons motivent une traversée de l’Atlantique: la diversification de la base d’investisseurs, surtout pour les émetteurs peu fréquents dans la monnaie unique, et la volonté de conserver une partie de leur dette en monnaie unique pour les multinationales ayant des actifs importants en euros, à l’image d’Apple, 3M, General Motors, Kellog’s ou Wallgreen après l’acquisition du britannique Alliance Boots.
Si le marché est dynamique, c’est aussi parce que la demande est forte. «Depuis deux-trois ans, les investisseurs européens réclament des signatures plus rares, voire non notées. Le moindre bénéfice de rendement est crucial pour eux. Or, les corporates américains qui veulent émettre en euro sont généreux, d’autant plus si l’opération est de taille importante», précise Felix Orsini. Le phénomène devrait être alimenté en 2015 par la politique accommodante de la Banque centrale européenne.
Plus d'articles du même thème
-
Audi s'apprête à construire sa première usine aux Etats-Unis
La marque haut de gamme du groupe Volkswagen a prévu d’investir 4 milliards de dollars en vue de produire jusqu’à 200.000 véhicules par an à partir de 2030. -
La BCE se dirige vers un statu quo sur fond d'envolée des spreads
D’un côté, la croissance résiste et l’inflation énergétique augmente. De l’autre, la hausse des taux longs prend le relais de la Banque centrale européenne dans le resserrement des conditions financières. L’institution devrait rester l'arme au pied jeudi, sans proposer d’intervenir sur les taux français. -
Alan joue les trouble-fête avec le méga contrat santé de la Sécu
L’insurtech, alliée pour l’occasion à Allianz, arrive première dans l’appel d’offres du contrat santé quinquennal destiné à couvrir les salariés des organismes de sécurité sociale. L’instance paritaire qui doit entériner ce choix a été démise de ses pouvoirs pour quelques semaines, le temps qu’une administratrice provisoire valide la décision.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Les OAT décrochent après les troubles en France
- Banquiers et assureurs activent les mesures d’urgence post-mouvements sociaux
Contenu de nos partenaires
-
EruptifEmmanuel Macron et Sébastien Lecornu face aux crises : comment trouver la sortie ?
Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu doivent répondre aux revendications des lycéens et des syndicats alors que les violences peuvent à nouveau enflammer la France -
CitadelleA Orléans, le récit de « civilité » de Marine Le Pen et du RN à l’épreuve des tensions
Marine Le Pen a placé son lancement de campagne sous le signe de la « civilité », promettant concorde et apaisement. Mais les incidents se sont multipliés à Orléans -
EditoY a-t-il encore une place pour le camp des raisonnables ?
L'ignoble attentat raciste de Trappes a donné un tragique prolongement aux haines qui prospèrent dans une France polarisée et à bout de nerfs.