L’Anssi affine sa stratégie face à l’explosion des cyberattaques
Après une année 2020 marquée par une recrudescence record de cyberattaques, l’année 2021 risque d’être elle aussi mouvementée, selon les spécialistes de la sécurité informatique, comme le montre le rapport annuel de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), publié jeudi. La généralisation du télétravail, le recours massif aux services cloud et l’explosion du e-commerce provoqués par la crise sanitaire du Coronavirus ont démultiplié les vecteurs d’attaques pour les cybercriminels. « La situation n’est pas bonne en matière de cybersécurité. Du particulier aux plus grandes entreprises, chacun a ses propres escrocs, qui vont chercher à attaquer ses propres systèmes d’information », a alerté Guillaume Poupard, directeur général de l’Anssi, lors d’un webinar avec la presse.
L’Anssi a reçu 2.287 signalements de cyberattaques l’an dernier, dont 759 étaient de réels incidents, et 20 ont donné lieu à des opérations de cyberdéfense.. Elle a eu connaissance de 192 rançongiciels en 2020, contre 54 en 2019. Elle compte encore « un incident significatif par semaine » depuis le début de l’année.
Cyberattaques sophistiquées
Les cyberattaques sont toujours plus sophistiquées, avec une professionnalisation des groupes qui rançonnent. « Les structures les plus touchées sont les organismes publics, les collectivités territoriales, et les hôpitaux », a observé Matthieu Feuillet, sous-directeur Opérations de l’Anssi. En revanche, peu de cas ont été relevés dans le secteur bancaire : « il est historiquement très visé, mais c’est un des secteurs qui a pris en compte la cybersécurité le plus tôt », précise-t-il à L’Agefi.
Les sous-traitants et fournisseurs de services informatiques sont aussi de plus en plus visés. « Des grands groupes ont investi pour protéger leurs infrastructures. Donc les attaquants passent par d’autres moyens », remarque l’organisme. Qui cite l’exemple emblématique de la cyberattaque de l’éditeur américain de logiciels SolarWinds, révélée fin 2020, qui a affecté plusieurs de ses gros clients américains, dont neuf agences fédérales.
Un enveloppe de 136 millions d’euros
Face à cela, l’Anssi a présenté son projet pour renforcer la cybersécurité des services publics. Preuve de l’importance du sujet, à l’Elysée, Emmanuel Macron avait dévoilé en personne, en février, son plan national pour la cybersécurité.
Elle se voit confier une enveloppe de 136 millions d’euros, dans le cadre du plan de soutien à l’économie France Relance, pour renforcer le niveau de cybersécurité des administrations et des collectivités territoriales. Les collectivités locales bénéficieront d’une enveloppe de 60 millions d’euros, les établissements de santé, de 25 millions d’euros, et les établissements publics ministériels, 30 millions d’euros. Les entreprises et administrations bénéficieront notamment d’audits de sécurité avec le soutien de l’Anssi.
Campus à La Défense
Surtout, l’Anssi va déployer deux projets de campus dédiés à la cybersécurité. L’un, implanté à Rennes, ouvrira fin 2022, et visera en premier lieu à renforcer les échanges avec ses partenaires sur place (ministère des Armées, industriels et start-up).
L’autre, le Campus Cyber, ouvrira sur les 13 étages de la Tour Eria, à La Défense, fin 2021. 2.000 personnes y travailleront. L’Anssi y aura un étage, sur 1.700m², pour son centre de formation.
Ce campus a « vocation à rassembler et de fédérer acteurs privés, publics et associatifs de l’écosystème de la cybersécurité dans un lieu unique afin de développer des coopérations entre PME, start-up, acteurs de la formation et la recherche », précise Emmanuel Naëgelen, directeur général adjoint de l’Agence. Des entreprises du CAC40 ont été contactées par Bercy pour y participer, indique aussi l’Anssi.
L’Europe doit être au centre de la lutte contre les cyberattaques. « Nous avons besoin d’une Europe forte de la cybersécurité », plaide Guillaume Poupard. Une ambition qui sera portée par la France lors de sa présidence du Conseil de l’UE au premier semestre 2022.
Plus d'articles du même thème
-
Menaces sur l'assurance vie luxembourgeoise libellée en unités de compte
En conditionnant le maintien des avantages fiscaux à des critères nouveaux, le projet de loi de finances pour 2027 fait peser une incertitude majeure sur les contrats d’assurance-vie transfrontaliers. -
Generali et Ramify lancent une nouvelle offre d'épargne retraite
Gérée par les équipes de Ramify, cette nouvelle enveloppe propose trois options : une gestion à horizon, une gestion flexible et une gestion libre. -
Marc Hess est le nouveau DAF de N26
Il a notamment occupé le poste de directeur financier mondial pour le segment des clients particuliers et professionnels de Deutsche Bank, avant d'être DAF d'Aareal Bank de 2018 à 2024.
ETF à la Une
BlackRock veut ajouter une catégorie de parts ETF à cinq fonds actifs
- Worldline s'assure une place dans la course à l'agentique
- La France a encore des raisons de croire en son économie
- La France ne peut pas encore miser sur une intervention de la BCE
- Schneider Electric indispose les investisseurs en ciblant l’américain PTC
- Les banques européennes chutent avec le rebond des taux souverains
Contenu de nos partenaires
-
Les meilleures tables omakase à découvrir à Paris
À Paris, les comptoirs à sushis ne manquent pas, mais le véritable omakase, ce menu à l’aveugle où le chef mène la danse, reste une expérience rare et unique. La rédaction est partie à la recherche des adresses parisiennes où l’expérience se rapproche au plus près de la tradition japonaise. -
Prix Nobel d'économie 2026 : comment les travaux de Robert Hall et Michael Woodford guident les banques centrales
L'Académie de Stockholm a couronné les deux universitaires pour leurs modèles microéconomiques reliant décisions individuelles et pilotage des taux d'intérêt par les institutions monétaires -
Etat des lieux« Il n’y aura pas de carburant russe » : l'Europe refuse de suivre le revirement américain sur le diesel
En dépit du revirement américain, les Européens maintiennent leurs sanctions contre l'importation de produits bruts et raffinés russes. Cet arsenal législatif souffre pourtant de quelques lacunes, alertent des ONG.