L’AMF soupçonne des délits d’initiés liés à Korian
Deux manquements d’initiés faisaient l’objet vendredi d’une réunion de la commission des sanctions de l’Autorité des marchés financiers (AMF) dans le cadre d’acquisitions réalisées par le groupe de maisons de retraites Korian. La représentante du Collège du régulateur boursier a proposé à la commission d’infliger des amendes non anonymes d’au moins 200.000 et 450.000 euros respectivement à l’encontre de l’ancien directeur financier de Korian débarqué fin 2015, et de Gérard Damiani, un proche du dirigeant.
L’AMF reproche au premier d’avoir communiqué deux informations privilégiées et au second d’en avoir fait usage pour réaliser des plus-values totalisant plus de 111.000 euros. Ces informations concernent le projet de fusion-absorption de Medica fin 2013 et l’acquisition des actionnaires minoritaires de la société allemande Curanum en juillet 2014.
Les avocats de la défense estiment que les décisions de Gérard Damiani sont le fait de déductions. Pour répondre à la surprise manifestée par ce dernier de le voir quitter Brico Dépôt pour rejoindre un acteur des maisons de retraite, le directeur financier lui avait indiqué être recruté pour réaliser une acquisition majeure pour Korian. Le fait que Korian et Medica partageaient leurs principaux actionnaires (Prédica et Monroe, la holding de la famille Ruggieri) aurait rendu l’identité de la cible évidente. Dans le cas de Curanum, Gérard Damiani affirme qu’il a fondé sa décision sur le communiqué diffusé par l’entreprise le jour même.
Le rapporteur estime au contraire que Gérard Damiani aurait dû savoir que ces informations étaient privilégiées. Il cite des conversations peu équivoques avec des conseillers de sa banque sur Medica, dont l’une réclamant une confidentialité absolue sur l’opération.
Concernant Curanum, le rapporteur estime que l’investisseur n’a pas pu prendre sa décision sans avoir connaissance des intentions de Korian, tant concernant l’achat des minoritaires que la limite d’intervention (jusqu’à 4,40 euros par action). Il souligne la concomitance des opérations de Korian et de Gérard Damiani, l’échange de très nombreux SMS entre les deux hommes à ce moment-là et le fait que l’homme d’affaires a passé des ordres à un prix très supérieur au cours de Curanum (jusqu’à 4 euros, contre un cours moyen sur trois mois de 3,03 euros). Le rapporteur s’étonne également de l’opération par rapport aux habitudes de Gérard Damiani. Selon lui, «le communiqué de Curanum n’est pas suffisant pour expliquer cet investissement atypique».
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