L’AMF s’attaque au pilotage du consensus des analystes
Au lendemain de la publication par le régulateur d’une recommandation sur la communication des sociétés cotées sur leur site internet et sur les médias sociaux, la commission des sanctions de l’AMF s’est penchée hier sur le pilotage du consensus des analystes par les émetteurs. Le représentant du Collège de l’AMF a demandé une sanction minimum de 2 millions d’euros contre Faurecia, et de 50.000 euros à l’encontre de son PDG, Yann Delabrière.
Le gendarme boursier reproche à l’équipementier automobile et à son président, trois griefs. D’une part, lors de la conférence téléphonique avec les analystes sur les résultats du premier trimestre 2012, le PDG de Faurecia aurait précisé que la marge opérationnelle pour 2012 était attendue plutôt en bas de fourchette, alors que le communiqué annonçait un maintien des objectifs. Faurecia n’aurait alors «pas délivré au public une information exacte, précise et sincère», selon le rapporteur de la commission, invoquant l’absence d’égalité d’accès à l’information.
D’autre part, «Faurecia aurait dû déclencher un avertissement sur ses résultats au plus tard fin juin 2012», estime le représentant du Collège, alors que le groupe a attendu la publication de ses semestriels le 24 juillet pour le faire. Avis partagé par le rapporteur s’appuyant sur un document interne du responsable investisseurs qui proposait dès le 26 juin d’abaisser la fourchette de résultat opérationnel.
Enfin et surtout, le gendarme reproche à la société d’avoir piloté le consensus des analystes, afin de maîtriser l’évolution de son cours de Bourse et d’éviter une chute brutale liée à l’annonce d’un profit warning. Selon l’AMF, le responsable investisseurs aurait contacté certains analystes pour leur faire baisser leur objectif de marge opérationnelle sur Faurecia. Ce serait la première fois que le gendarme boursier sanctionne sur le fondement de l’article 223-10-1 du règlement général, en vigueur depuis 2007.
Ces trois points ont été réfutés un à un par Yann Delabrière lui-même et par ses conseils. Le patron de l’équipementier automobile assure notamment que ce sont les analystes qui ont appelé la société et non l’inverse. La défense a également évoqué le rapport Lepetit jugeant nécessaire que les entreprises dialoguent avec les analystes financiers, et la jurisprudence de la commission du 21 avril 2005 considérant qu’un excès d’optimisme ne constituait pas une information trompeuse.
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