L’activisme actionnarial chasse de nouveau le gros gibier

235 campagnes ont été conduites en 2022 selon le décompte de Lazard, soit un bond de 36%. Les Etats-Unis, l’Europe et les grandes capitalisations nourrissent les initiatives d’agitateurs plus nombreux.
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En Europe, ce sont plutôt les champs industriel et de l’énergie qui ont été ciblés.  -  AdobeStock

L’histoire est un éternel recommencement. Et l’activisme actionnarial n’y échappe pas. La démarche qui consiste pour un investisseur à s’inviter dans le capital d’une société cotée et, à partir de cette position, à chercher à influer sur sa stratégie - soit en proposant des voies alternatives, soit en tentant d’intégrer le conseil d’administration -, a connu un net regain de forme en 2022.

Pas moins de 235 nouvelles campagnes dans le monde ont été recensées l’an dernier, contre 173 en 2021, selon les décomptes de la banque Lazard dans son étude régulière sur le sujet, dévoilée mercredi. Ce qui constitue un bond de 36% d’une année sur l’autre, porté par un 4e trimestre record - avec 65 nouvelles campagnes - et fait de 2022 l’année la plus active depuis quatre ans.

Mais le point saillant de 2022 porte sans doute sur le retour du très gros gibier avec des fonds qui partent à l’offensive de grandes capitalisations. Les poids lourds de la cote avec plus de 25 milliards de dollars de poids boursier « ont représenté, à 18%, une part record des cibles activistes mondiales, ce qui est élevé par rapport à la moyenne historique pluriannuelle d’environ 11% », souligne la banque dans son étude. Avec une différence majeure de part et d’autre de l’Atlantique, en termes de cibles et de calendrier.

En Europe – théâtre de 60 campagnes en 2022, soit une hausse de 20% sur 2021, un niveau record –, les grandes capitalisations ont été ciblées en début d’année, plutôt dans les champs industriel et de l’énergie – Engie, Shell, TotalEnergies, RWE - ou celui des biens de consommation - Unilever, à quatre reprises l’an dernier, Richemont, Danone - avant un spectaculaire retournement. Ces « large caps » concentraient 47% des initiatives en Europe au premier trimestre, mais seulement 7% sur les trois derniers mois de 2022.

En revanche, aux Etats-Unis, où pas moins de 135 nouvelles campagnes ont été recensées en 2022, soit une hausse de 41%, la tendance est inverse avec un démarrage en douceur sur les ténors (14% des campagnes) mais 30% des groupes attaqués en fin d’année. « La technologie a été le secteur le plus ciblé aux Etats-Unis, représentant 27% de toutes les campagnes, la proportion la plus élevée jamais enregistrée et une augmentation importante par rapport à la moyenne historique pluriannuelle d’environ 16% », relève Lazard. Les déboires des Big Tech suscitent bien des vocations activistes. Pour le seul second semestre figurent des géants comme Alphabet, Meta ou encore Disney - objets de trois campagnes en 2022 – mais aussi OneSpan, Salesforce, Pinterest ou Splunk.

Davantage d’assaillants

Si les cibles prennent du poids, les assaillants, eux, s’atomisent. Lazard dénombre pas moins de 151 activistes différents en 2022 (+24%), ce qui met un terme à trois années consécutives d’attrition, mais reste en deçà du record de 2018 où 158 activistes différents avaient été recensés.

Parmi eux, 55 nouveaux boutefeux ont initié leur première campagne l’an dernier, soit 36% des assaillants, une proportion record. Les grands professionnels de l’agitation actionnariale sont toujours présents : les traditionnels hedge funds Amber, Cevian, Elliott, Icahn Associates (13 campagnes à lui seul en 2022), Jana Partners, Land and Buildings (6 campagnes), Starboard Value (7 campagnes), Third Point, Trian Partners ou encore ValueAct. Mais leur « part de marché » s’érode à 6% des campagnes.

De nouvelles catégories gagnent en muscles. Selon Lazard, les fonds de capital-investissement, les family offices et même les investisseurs stratégiques et individuels s’arrogent 23% des initiatives contre une moyenne de 13% sur 2018-2021. La part des activistes concentrés sur les seules thématiques ESG double de 2% à 4%.

Un effet «feu de paille»

Si les angles d’attaque des activistes varient peu – avec 41% des critiques concentrées sur les fusions & acquisitions, 30% sur une exigence de représentation aux conseils d’administration, 16 et 12% sur les thèmes de l’allocation de capital et de la performance opérationnelle, la question de l’efficacité des campagnes reste entière avec, selon Lazard, des résultats très contrastés.

La caisse de résonance des grands noms fonctionne à plein, du moins sur le marché américain. « Un mois après l’annonce de la campagne, 70% des cibles des fonds alternatifs activistes de premier plan ont surperformé le marché contre 65% des cibles de tous les autres investisseurs », relève la banque. Une proportion qui grimpe même à 71% au bout de trois mois, contre 52% pour les cibles des autres agitateurs. En revanche, ce facteur de notoriété se dissipe après un semestre puisque la proportion s’inverse (52% contre 58%). Les têtes d’affiche de l’activisme ne sont peut-être pas les plus efficaces pour garantir un lustre boursier durable.

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