La vigueur du franc suisse plane sur les opérations de fusions-acquisitions
La flambée récente du franc suisse, consécutive à l’abandon surprise du taux plancher par la Banque nationale de Suisse, pourrait avoir des conséquences inattendues sur le terrain des fusions-acquisitions. La valeur des actifs à dominante helvétique sur le marché devrait pâtir de ce renchérissement de la devise et donner quelques arguments à des prétendants étrangers dans la phase de négociation.
C’est potentiellement le cas de Coutts International, l’activité de banque privée internationale de Royal Bank of Scotland (RBS) basée en Suisse. Selon Bloomberg, le niveau des offres pourrait être revu en baisse de 10% à 15%. Le prêteur asiatique DBS serait notamment sur les rangs, associé à Société Générale et J. Safra Sarasin. Julius Baer, en revanche, serait sorti de la course après la décision prise par RBS d’exclure de l’opération l’infrastructure technologique de la banque privée. La cession de Coutts International pourrait représenter au moins 600 millions de dollars.
Comme l’expliquait la semaine dernière Boris Collardi, le directeur général de Julius Baer, un franc plus fort pénalise une banque privée dans la mesure où ses revenus sont majoritairement tirés de la gestion d’actifs libellés en devises étrangères tandis que ses coûts sont en francs. De quoi renforcer la pression sur les plus petits établissements qui devront nécessairement réduire leurs coûts, alors que leurs marges seront soumises à rude épreuve. Un mouvement de consolidation a débuté dans la banque privée suisse l’an dernier et devrait se poursuivre dans les mois à venir. Avec ce nouveau facteur monétaire, les marges de manœuvre seront particulièrement réduites pour les acteurs de petite taille.
Inversement, des groupes suisses en quête de croissance externe à l'étranger, et particulièrement aux Etats-Unis, disposent d’une corde de plus à leur arc. C’est le cas d’acteurs tels que Novartis, Syngenta ou Nestlé. D’après les données de Bloomberg, les vingt sociétés du SMI affichent 260 milliards de dollars de trésorerie et équivalents. Cet impact théorique de la devise est toutefois à relativiser. Le directeur général de Roche, Severin Schwan, a assuré la semaine dernière que la vigueur du franc aurait «zéro impact» sur la stratégie du groupe en matière de M&A.
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