La victoire de l’activisme climatique
Il ne fait pas bon être une major pétrolière en 2021. Sommé d’accélérer ses efforts pour la transition énergétique, le secteur vient d’essuyer une série de cuisantes défaites. Aux Etats-Unis, au terme d’une bataille épique, les actionnaires d’Exxon ont imposé le 26 mai aux dirigeants de la compagnie de nouveaux administrateurs afin de définir une stratégie verte bien plus ambitieuse. Le même jour, ceux de Chevron approuvaient une résolution fixant au groupe des objectifs stricts de réduction de ses émissions carbone. Ce 26 mai toujours, c’est la justice néerlandaise, saisie par une association de défense de l’environnement, qui condamnait Royal Dutch Shell à se mettre en conformité avec la trajectoire de l’Accord de Paris sur le climat. A cette aune, le vote d’une résolution non contraignante chez Total – pardon, TotalEnergies, le pluriel a son importance – apparaît comme une victoire du géant français, plus avancé dans son virage vers l’électricité et le renouvelable.
Ce tir groupé sera lourd de conséquences pour une industrie qui entend mener sa transition verte à son rythme et limiter ses responsabilités. Pour la première fois, les intérêts de la société civile et de la finance s’alignent face à l’urgence climatique. Une urgence que l’Agence internationale de l’énergie, pas vraiment connue pour être un bastion de Greenpeace, a détaillée dans un rapport-choc paru le mois dernier. Le hedge fund qui accuse Exxon de courir un « risque existentiel » en se concentrant sur les énergies fossiles a ainsi reçu le soutien de BlackRock, au nom des performances que le premier gestionnaire d’actifs au monde doit à ses clients. Et s’il est encore difficile d’apprécier la portée de la défaite de Shell, la justice néerlandaise a créé un précédent. Demain, d’autres pays, pour d’autres secteurs économiques, seront tentés de juger qu’une entreprise doit en faire davantage. Lorsque les standards de reporting sur le climat s’imposeront à tous, il sera encore plus facile de vérifier le respect des engagements pris et de sanctionner les retardataires, dans les assemblées générales ou dans les prétoires.
Bien sûr, les majors pourront invoquer le deux poids-deux mesures. Le secteur privé ne peut pas tout. Le gros du pétrole produit dans le monde l’est par des compagnies publiques, dans des Etats loin d’avoir effectué leur aggiornamento énergétique. L’accent mis sur la production laisse de côté un consommateur dont tous les gouvernements craignent de bousculer les habitudes. Aussi sensés soient-ils, ces arguments ne valent plus face à la fronde. L’activisme climatique est sorti des marges du militantisme écologique pour s’imposer au cœur de la gouvernance d’entreprise. Malheur aux sociétés et aux dirigeants qui continueront à jouer la montre.
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