La rentabilité du Rafale passe nécessairement par l’export
Le président François Hollande a mis fin au suspens hier soir: «les autorités égyptiennes viennent de me faire savoir leur intention d’acquérir 24 avions de combat Rafale et une frégate multimissions, ainsi que les équipements associés». Le communiqué de l’Elysée diffusé à Bruxelles en marge du Conseil européen confirme donc les informations du Monde publiées dans la journée. La signature officielle est prévue lundi au Caire. Le montant total du contrat est estimé à 5 milliards d’euros, dont un peu moins de la moitié pour les Rafale.
Cette vente est exceptionnelle pour Dassault Aviation. Depuis le lancement de l’avion de combat en 1989, le groupe familial n’en a jamais vendu un seul exemplaire à l’étranger. Ses seuls clients sont l’armée de l’air et la marine françaises. Malgré des discussions avancées avec plusieurs pays et des qualités reconnues, le manque de financement ou l’insuffisance des garanties apportées à l’acheteur ont à chaque fois bloqué la vente au profit de concurrents européens (Gripen ou Eurofighter) ou américains. Dassault Aviation négocie par exemple depuis trois ans avec l’Inde une commande de 126 avions pour un montant estimé à 12 milliards d’euros. Mais les discussions exclusives achoppent sur le transfert de technologies en faveur du groupe Hindustan Aeronautics appelé à assembler sur le sol indien 108 Rafale.
Le gain de ce premier marché à l’export pourrait débloquer d’autres négociations en cours, dont celles avec le Qatar. L’émirat réfléchit à s’équiper d’une flotte mixte américano-européenne de 72 avions, dont 24 à 36 Rafale. La Belgique envisage aussi la commande de 40 avions de combat. La Malaisie travaille sur un contrat de 18 appareils. Financièrement, l’export est crucial pour Dassault Aviation afin de garantir les cadences de production et la rentabilité du programme. Pour respecter le contrat avec le constructeur pour la période 2014-2019, l’Etat a prévu de compenser la baisse des commandes publiques (26 unités sur l’ensemble de la période contre 11 par an habituellement) par le gain de deux contrats à l’étranger.
Depuis son lancement en 1989, le programme Rafale a coûté plus de 43 milliards d’euros à l’Etat mais il fait vivre une grande partie de la filière d’aéronautique et défense française. Sur un Rafale, la moitié du prix revient à Dassault Aviation, le solde étant réparti entre plusieurs autres fabricants d’armes, Thales (25%) et Safran (15%) en tête.
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